Après avoir vécu une deuxième partie d'été plutôt baissière, les places financières européennes ont connu une journée de mardi en forte reprise, dans des volumes d'échange demeurant relativement modestes. Le soulagement éprouvé par les investisseurs après l'aveu intime du président américain Bill Clinton de sa «relation inappropriée» avec Monica Lewinsky, déjà matérialisé par la bonne tenue de Wall Street la veille, a servi de déclencheur à cette vague de reprise technique en Europe. Du reste, parmi les titres les plus choyés de la séance, se trouvent ceux qui ont le plus souffert ces dernières semaines.

En revanche, la Bourse de Moscou a subi le contrecoup de la dévaluation de fait du rouble: l'indice RTS a perdu 9,01%, repassant sous le seuil psychologique des 100 points – il en valait 570 voici un an! La séance à Moscou s'est déroulée dans une ambiance détestable: les investisseurs ne voient pas très bien comment la Russie sortira du marasme financier dans lequel elle est plongée; les valeurs à caractéristique purement intérieure (électricité, distribution d'eau, etc.), qui pèsent lourd sur la cote, connaissent des chutes vertigineuses. Même des titres apparemment gagnants dans la dévaluation (lire ci-dessous) ont chuté hier, à l'instar de Lukoil (jusqu'à –11% mardi).

Et l'opposition communiste n'a cessé d'exiger la démission du président Eltsine. «Il est la raison principale de la crise, a tonné le leader communiste Guennadi Ziouganov. La Russie est dirigée de l'extérieur par le FMI et par Clinton!» Ces appels déstabilisateurs risquent d'être entendus: dans la rue, les guichets de change fermaient les uns après les autres, en manque de dollars après la ruée des petits épargnants venus convertir en billets verts leurs dernières économies encore en roubles. Or, un courtier de chez Brunswick Warburg a déclaré à l'AFP que «si les Russes commencent à vendre leurs roubles pour acheter du dollar, ce sera le désastre.» Le cours interbancaire du dollar se maintenait à 6,885 roubles, mais au marché noir, il franchissait la barre des 9 roubles.

Loin de ces tourments russes, les Bourses européennes se sont accordées une journée de fort redressement, le «soulagement» américain s'ajoutant à des éléments indigènes très favorables. Ainsi, à Francfort, les estimations de croissance positives du ministre de l'Economie Günther Rexrodt (lire ci-contre) ont favorisé une interprétation optimiste de l'influence de la crise asiatique sur l'économie allemande. Les financières ont pu regagner le terrain perdu. A Paris, la publication d'un chiffre de l'inflation américaine pour juillet (+0,2%) conforme aux attentes a plu. D'autre part, un rapport montrant la progression fulgurante du marché des téléphones portables en France a propulsé le titre France Télécom à la hausse (+7,7%).

L'ouverture haussière de Wall Street dopait également Amsterdam et ses valeurs vedettes, en particulier le groupe de distribution Ahold (+6,2%) et le géant de l'électronique Philips (+6%). A Londres, les bons chiffres de l'inflation britannique (l'indice général a reculé de 0,2% en juillet), qui annoncent une certaine accalmie sur le front des taux, se sont accompagnés d'une tendance spéculative autour de SmithKline Beecham (+10,07%), à nouveau l'objet de rumeurs de tentative de rachat par Glaxo Wellcome. Ce sont aussi des spéculations autour du secteur de la pharma qui ont aidé le Swiss Market Index dans sa progression: Roche (+3,21%), qui a dit la veille vouloir devenir numéro trois mondial du secteur, et Novartis (+4,12%) ont mené la danse.

A Wall Street, qui clôturait en hausse de 1,63%, le sentiment que les corrections des derniers jours ont été trop importantes, eu égard aux chiffres de l'inflation et aux perspectives de résultat des entreprises au troisième trimestre, a fait grimper les titres US, en particulier les valeurs technologiques comme Dell Computer, IBM ou Hewlett-Packard.