Des applaudissements et des «hourras», mais surtout un grand «ouf» de soulagement. Avec une confortable majorité, la Chambre des représentants américains a fini par approuver vendredi le plan financier qui, à l'aide de 700 milliards de dollars, vise à sauver le système financier et, plus largement encore, à épargner aux Etats-Unis une profonde récession.

Jusqu'au dernier moment, les élus ont semblé vouloir jouer avec les nerfs de la planète: ce n'est que quelques secondes avant la fin des quinze minutes laissées au vote que la barre de la majorité nécessaire des 218 votes a été franchie. Le résultat final a été de 263 voix contre 171. Une soixantaine de plus que lundi dernier, lorsque le plan avait échoué à passer la rampe de la Chambre.

Entre-temps, le Sénat avait approuvé le plan, profondément remanié depuis que le secrétaire au Trésor Henry Paulson l'a présenté comme seul remède possible pour venir à bout de la méfiance qui paralyse les banques américaines. Paradoxalement, afin de le rendre plus acceptable par la majorité des républicains, ce plan a été agrémenté de toute une série de mesures qui le rendent encore plus cher pour les contribuables américains. Par le biais notamment du doublement de la garantie par l'Etat des dépôts bancaires et par une série de faveurs fiscales, le Congrès a ainsi ajouté 110 milliards supplémentaires dans la cagnotte.

Cette intervention massive de l'Etat dans l'économie privée avait amené les républicains à s'insurger contre leur propre administration et conduit à un tumulte qui a duré deux semaines dans les allées du Capitole. Visant à garantir les intérêts des contribuables, des amendements ont été introduits en série par les parlementaires.

Série d'amendements

Ainsi, les 700 milliards seront découpés en tranches et seuls 250 milliards seront disponibles immédiatement pour le Trésor, ajoutés à 100 milliards mis à disposition du président. En outre, en achetant les créances des banques contaminées par les «subprime», l'Etat va acquérir une participation dans ces banques. En plus d'avoir un droit de regard sur le salaire des dirigeants, les parlementaires ont obtenu aussi une supervision très serrée de l'ensemble du processus. Un plan fédéral d'assurance pourrait encore être créé pour garantir les créances douteuses. Enfin, l'Etat pourra intervenir pour venir en aide aux propriétaires et dirigeants de petites entreprises menacés de ne pas pouvoir rembourser leurs dettes.

Cette longue liste d'amendements montre assez le climat de méfiance qui entoure le plan Paulson. De manière fondamentale, les républicains, et un bon nombre de démocrates, semblaient convaincus que le système bancaire et financier pouvait se passer d'une intervention de cette ampleur. Et qu'il finirait par retomber seul sur ses pieds, même au prix d'une douloureuse réadaptation.

Changement de perception

C'est cette perception qui a changé. Paul Ryan (Wisconsin), l'un des meneurs de la fronde républicaine, expliquait avant le vote: «On voit les nuages s'amonceler sur l'économie américaine. Nous devons intervenir pour prévenir la tempête.» De leur côté, les démocrates insistaient davantage sur les «gains» obtenus pour les travailleurs américains au fil de ces longues négociations: «Le texte a été très grandement amélioré», expliquait la speaker de la Chambre, Nancy Pelosi, en adoptant un ton beaucoup plus conciliant qu'en début de semaine envers ses adversaires républicains.

La réaction très négative des marchés lundi dernier (le Dow Jones avait perdu 777 points en un jour) et la pression qui s'est abattue sur les parlementaires expliquent en grande partie ce revirement. Mais aussi les mauvais chiffres conjoncturels qui continuent de tomber. Le Département du travail annonçait hier la suppression de 159000 emplois en septembre aux Etats-Unis, le pire chiffre en cinq ans.

Resté particulièrement en retrait dans le débat, George Bush saluait après le vote la décision des élus d'agir «avec détermination pour éviter que la crise de Wall Street ne devienne une crise dans les communautés à travers notre pays». Reste encore, cependant, à appliquer ce plan de manière plus rapide et décidée qu'il n'a été conçu.