Soupçons de cabale judiciaire contre la Suisse

UBS, d’accord. Mais quid des autres établissements courtisant les fortunes de France? Quid des banques françaises au cœur du quartier des banques à Genève? La question tourne en boucle, au lendemain des nouvelles poursuites en France à l’encontre de la première banque helvétique.

«Evidemment que l’on peut se demander ce que faisaient les filiales des banques françaises à Genève ces quarante dernières années», rétorque Flavien de Muralt, du comité de l’association Swissrespect. «Ici, tout le monde connaît la réponse; pourtant aucune n’est pour l’instant inquiétée pour cela», poursuit ce membre d’un collectif militant pour que Berne défende mieux la place financière face aux pressions des Chancelleries étrangères.

Selon Swissrespect, «97% de l’évasion fiscale française est organisée par les banques françaises elles-mêmes à l’étranger – en Suisse et ailleurs; seuls 3% sont le fait de nos banques suisses». Fiscaliste en vue, Philippe Kenel insiste. «Si Crédit Agricole ou BNP Paribas – mais aussi toutes les filiales de banques françaises – avaient une présence en Suisse, c’était en grande partie pour faire du black.»

Les établissements liés à la France démentent

La question n’est pas nouvelle. Elle est posée avec insistance aux antennes genevoises des groupes bancaires français. Surtout depuis la reprise des assauts contre le secret bancaire helvétique ayant accompagné la crise financière de 2008. Ces dernières années les réponses ont été claires.

En septembre 2010, Youssef Dib, responsable de la gestion de fortune au sein de Credit Agricole Suisse assure au Temps que « sa clientèle européenne reste minoritaire » et qu’au sein de celle-ci, «les résidents suisses constituent le premier contingent». A l’époque déjà, ce dernier insiste. Les négociations entre l’Union européenne et la Suisse au sujet de la fiscalité «ne sont pas existentielles pour nos activités». Celui-ci parle de l’héritage d’Indosuez en Asie et au Moyen-Orient. Ou de financement de cargaisons de matières premières. Pas de clients fortunés en provenance de Bordeaux ou de Lyon.

Même son de cloche au sein de Société Générale. «Nos clients sont loin d’être chez nous pour de simples raisons d’évasion fiscale», répète le patron de SG Private Banking Suisse en avril 2009. Soulignant que «sa première clientèle reste les résidents suisses».

En juin dernier, la direction de la banque Reyl, établissement plus petit mais dont le nom rime avec un scandale mêlant politique hexagonale et comptes secrets, martèle. La clientèle française était «extrêmement marginale, bien avant cette affaire». Elle représente moins de 5% des actifs gérés.

Deux discours, deux réalités donc. Pour les réconcilier, une piste: chacun fait référence à une époque totalement différente. Celle d’avant la fin du secret bancaire. Et celle de l’après.