Dans la salle B1 du Palais de justice de Genève, le parquet grinçant, les vitres en plexiglas et les masques rendent vite les témoignages inaudibles. Des représentants de SGS, la multinationale qui domine le secteur de l’inspection et la certification, siègent sur une rangée. Ils sont assis à côté de la partie adverse, celle de Thomas K., un ancien cadre de cette firme genevoise. Ce cinquantenaire allemand dit avoir été licencié de façon abusive en 2019. Il aurait été écarté après avoir fait part à sa direction de nombreux indices de corruption dans le service qu’il dirigeait.

Son histoire permet de pénétrer comme rarement dans l’univers discret de SGS. Ses propos émanent de celui qui était à la tête des transports, l’un des gros départements de l’entreprise (avant sa dissolution en 2020). Thomas K. dirigeait une équipe de 5600 personnes, supervisait des équipes de contrôle technique de véhicules (l’équivalent du Bureau des autos du canton de Genève) de par le monde. Il n’écartait pas la possibilité de succéder au directeur général, Frankie Ng, après quatorze ans de services et de promotions dans la maison. Tout bascule, selon lui, en 2018, quand il dit faire face à des bizarreries évoquant des pots-de-vin. Il en fait part aux équipes de conformité, d’autant plus que SGS est munie d’un «code d’intégrité» obligeant les employés à partager leurs doutes dans de telles situations. Les indices se multiplient, ses alertes aussi mais, à ses yeux, elles se heurtent à un mur, comme si, à chaque fois, on étouffait l’affaire.