Un consensus existe autour du fait qu’il n’y a pas la place pour deux salons de la sous-traitance horlogère en Suisse romande. «Alors, que le meilleur des deux salons l’emporte!» Pour Frédéric Bonjour, secrétaire de l’association GIM-CH, les entreprises testeront les deux en 2012, puis décideront. Lequel survivra?

D’un côté, l’EPHJ (pour Environnement professionnel horlogerie-joaillerie), né de la réflexion d’André Colard, qui constatait qu’à la Foire de Bâle, les sous-traitants n’y trouvaient pas leur compte. «En 2001, on nous demandait même de déménager à Zurich. J’ai alors réfléchi à un concept qui correspondait à ce dont nos clients avaient besoin, en dehors du stress des grandes foires et avant les relâches, explique-t-il. Dans un esprit de sobriété.» Il associe son ami Olivier Saenger au projet et l’EPHJ naît l’année suivante. La première édition est quelque peu laborieuse, avec 92 exposants, puis la croissance devient régulière. Le salon se décline en EPMT pour les microtechniques dès 2007 et en SMT pour les medtech dès la dernière édition pour un nombre total d’exposants de 571 et 11000 visiteurs professionnels.

Contraints de déménager de Lausanne à Genève suite à la reprise de Beaulieu par le groupe bâlois MCH – qui indique qu’il aurait proposé jusqu’à 8 millions de francs pour reprendre l’ensemble des manifestations, un chiffre contesté par l’autre partie –, ces deux pionniers entendent perpétuer ce rendez-vous. Devenu «incontournable» au fil des ans. La prochaine édition se déroulera du 5 au 8 juin 2012 à Palexpo. «Ce déménagement nous offre une nouvelle dynamique, poursuit André Colard. Nous avons engagé une équipe pour ce nouveau projet et outre un riche programme de conférences, il y aura d’ailleurs des nouveautés, que nous ne pouvons dévoiler…», sourit-il.

De l’autre côté, Lausannetec (du 22 au 25 mai 2012), qui compte sur la force de frappe MCH pour imposer sa nouvelle mouture. «Nous avons déjà plus de 100 exposants, se satisfait Béat Kunz, directeur de MCH Beaulieu Lausanne. Nous pouvons nous appuyer sur Baselworld, son énorme réseau de contacts et ses outils de communication parfaitement adaptés à la branche, pour promouvoir notre manifestation. C’est un atout non négligeable. Il faudra compter deux à trois années pour que Lausannetec devienne une référence compte tenu de la concurrence existante.»

L’association GIM-CH fait partie du comité d’organisation des exposants du salon vaudois. «Nous avons fait le choix stratégique de parier plutôt sur le long terme sur la survie d’un salon, celui de Lausanne en l’occurrence, car nous pensons qu’il y a une logique Foire de Bâle – salon des sous-traitants, estime Frédéric Bonjour. En bon libéral, le secrétaire de l’organisation apprécie, malgré son parti pris, que la concurrence pousse MCH à l’innovation.

Plus de solidarité

Pour l’heure, les chiffres parlent en faveur de l’EPHJ-EPMT-SMT, puisqu’à ce jour, plus de 550 exposants se sont inscrits au rendez-vous de Palexpo. «Nous sommes très touchés par la fidélité et la preuve de confiance de nos exposants qui seront tous présents, hormis quelques exceptions, à l’édition 2012. Cela démontre le bien-fondé de notre salon qui a également été plébiscité depuis de longues années par nos visiteurs. Palexpo nous permet par ailleurs de renforcer nos prestations dans plusieurs domaines, notamment par des stands sur un seul niveau pour tous», précise Olivier Saenger. L’objectif avoué du duo est d’atteindre les 600 exposants et les 13 000 visiteurs. A Lausannetec, il se situe à 150-200 pour cette première édition.

Mais au-delà de la bataille des chiffres et de celle de la légitimité se trouvent les entreprises, tiraillées dans un conflit qui ne les concerne pas. «Nous sommes pris en otage», estime deux des exposants, qui préfèrent l’anonymat. «En 2012, nous doublerons nos efforts pour un résultat identique, puisque ce seront les mêmes clients dans les deux salons», regrette Eric Zuccatti, patron d’Horotec à La Chaux-de-Fonds, spécialisé dans le négoce d’outils.

Pour éviter que ce doublon perdure, il a monté il y a quelques semaines une association, HorloExpo, qui a pour but de fédérer les exposants et d’aboutir à un salon unique rapidement, dès 2013. Agies Charmilles à Genève, Tempora à Carouge ou Keller Trading à Bienne sont déjà impliquées dans cette association. «Nous, nous avons besoin d’un salon qui mette en vitrine le fabuleux savoir-faire horloger qui existe dans la région, pas d’une guerre d’annonces dans la presse», bougonne-t-il. «Je vois un point positif dans cette guerre médiatique: elle a eu le mérite de solidariser les exposants», philosophe Babette Keller, de Keller Trading.