Plusieurs parlementaires, parmi lesquels Fathi Derder (PLR/VD) ou Adèle Thorens (Verts/VD), tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. La Suisse est-elle préparée à l’évolution numérique et dispose-t-elle des structures adéquates pour être compétitive?

Le 20 avril le Conseil fédéral a adopté une stratégie «Suisse numérique» qui va au-delà du premier document de 2012 sur le sujet qui se limitait à une analyse technique de la situation liée aux domaines internet et à l’accès aux réseaux.

Cette fois, le gouvernement semble avoir pris la mesure des enjeux en les élargissant à l’économie, à la formation, à la sécurité et au contexte international. Dans un document de 14 pages, relié à plusieurs dossiers, il explique sa vision et place la Confédération dans un rôle de coordinateur qui entend favoriser le dialogue entre toutes les parties concernées.

Aucun budget spécial, ni responsable unique de projet ne sont prévus. Les mesures seront prises au sein des organisations existantes et dans le cadre des dépenses ordinaires de la Confédération. Le suivi du programme sera assuré par une conférence nationale organisée tous les deux ans, la première en 2017.

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Fathi Derder salue la publication de cette stratégie qui va dans la bonne direction. «Le problème n’est pas au niveau du Conseil fédéral. Johann Schneider-Ammann est à fond derrière ce projet, mais c’est plutôt le parlement qui pose problème», souligne le conseiller national. «Je trouve, au contraire, que Johann Schneider-Ammann se pose en observateur dans ce dossier, note Adèle Thorens. Une majorité de soutien concret à cette stratégie numérique peut se dessiner au parlement, si le parti socialiste peut obtenir quelques garanties sur l’emploi».

Fathi Derder est plus critique: «Il manque de l’argent et un chef de projet». Il ne revendique cependant plus la création d’un poste de secrétaire d’Etat au numérique, mais suggère de confier le dossier à Walter Thurnherr, le nouveau chancelier de la Confédération. A noter que le 25 avril le Conseil national a pu faire intégrer un projet complet consacré au numérique dans le programme de législature du Conseil fédéral. Il comporte un volet de soutien des start-up qui a été combattu par Johann Schneider-Ammann. Ce dernier entend rester fidèle au principe de non ingérence directe de la Confédération dans l’économie, par exemple via une politique industrielle, serait-elle numérique.

Une majorité du parlement soutient le virage numérique défini par le Conseil fédéral. «Mais le diable se cache dans les détails», rappelle Adèle Thorens, qui attend de voir comment réagiront les partis lorsqu’il s’agira d’approuver des mesures concrètes.