Si devenir parent est source de beaucoup de questionnements, le climat actuel amplifie les craintes liées à la santé. Les futures mamans s’inquiètent en entendant les nouvelles: les cas de Covid-19 sont en augmentation quotidienne en Suisse et les scientifiques annoncent que la situation est grave. Les instances de santé publique l’affirment: les femmes enceintes et les nouveau-nés ne représentent pas une population à risque. Ce discours médical est-il suffisant pour calmer des peurs primaires liées à notre fragile condition humaine face à un virus encore peu connu?

Les femmes enceintes, voyant les hôpitaux des pays voisins et du Tessin débordés d’urgences liées à l’épidémie se demandent comment leurs propres situations seront gérées en Suisse. Le système de santé helvétique, évalué récemment comme performant*, doit aujourd’hui faire face à de nouveaux enjeux d’infectiologie.

Les Hôpitaux universitaires de Genève anticipent en demandant à tous leurs soignants d’annuler leurs vacances pour se rendre disponibles. Une organisation a été mise en place pour gérer les cas de Covid-19 au sein des unités obstétricales, les visites sont limitées au père de l’enfant et les patientes rentreront à la maison au plus vite après leur accouchement. Avec ces mesures, l’hôpital limite les risques d’infection entre patientes.

Le rôle des sages-femmes

Mais les nouvelles mères ont besoin de soutien pour démarrer leur nouvelle vie avec leur bébé. Prendre soin d’un nouveau-né n’est ni facile ni instinctif, encore plus lorsque l’organisation familiale est écartée. Un réseau de près de 260 sages-femmes indépendantes existe à Genève et s’apprête à soutenir les nouvelles mamans à leur retour à la maison pour remédier à la surcharge du système hospitalier. Leur mission est de garantir la santé des mères et des bébés. Mais l’art de la sage-femme comprend d’autres aspects tout aussi essentiels tels que rassurer les parents, leur donner confiance, soutenir l’allaitement maternel et la mise en place des relations parents-bébé.

En Suisse, le rôle des sages-femmes indépendantes inclut le suivi du post-partum; les deux premiers mois après la naissance. Elles proposent des consultations à domicile qui visent à surveiller la santé des patientes avant que reprenne un suivi médical.

Ces sages-femmes ne pratiquent souvent pas d’accouchement mais aspirent à donner naissance aux mères.

En cette période de crise sanitaire, les organisations de sages-femmes sont inquiètes: comment répondre au mieux à toutes les demandes? Comment se protéger du virus et gérer les absences liées à la maladie? Certaines sages-femmes ont une santé fragile, d’autres ont des proches atteints par la maladie.

Nouvelles technologies à la rescousse

Patricia Mathieu, présidente de la section Genève de la Fédération suisse des sages-femmes, explique qu’une permanence est organisée à l’arcade des sages-femmes et par l’intermédiaire du site internet de la fédération: www.hebammensuche.ch. «Les sages-femmes indépendantes doivent aussi se protéger du virus et nous avons eu toutes les difficultés à obtenir des masques. Bonne nouvelle: le service du pharmacien cantonal vient tout juste d’en mettre quelques-uns à disposition!» raconte-t-elle, à moitié soulagée.

Les sages-femmes vont également utiliser les nouvelles technologies pour proposer des consultations à distance dans les cas qui ne nécessitent pas de déplacement. Une préparation à la naissance via Skype, une consultation d’allaitement via WhatsApp. Il s’agit d’innover dans un contexte inédit!

Rappelons que les sages-femmes sont un maillon indispensable du système de santé en première ligne pour soutenir les mères pendant l’épidémie de Covid-19.

Lire aussi: Télémédecine: une révolution enfin en marche

Les besoins sanitaires et le manque de soignants liés à cette crise suggèrent fortement le besoin d’évoluer vers une e-médecine pour pouvoir garantir la santé de la population. A chaque groupe professionnel d’inventer une organisation qui ne déshumanise pas les soins.

* Comparaison et analyse des systèmes de santé- OFSP


Chronique précédente: Devenir mère, un atout professionnel