«L'ouverture est la condition nécessaire à long terme pour assurer la croissance et le bien-être en Suisse. […] La Suisse doit s'ouvrir globalement, ce qui ne signifie pas qu'elle doive tourner le dos à l'Europe. L'ouverture consiste en dernier ressort à se mesurer aux meilleurs, où qu'ils soient.»

Par ces mots, Philipp Hildebrand, membre du directoire de la Banque nationale (BNS), a habilement déjoué le piège que lui tendait l'Institut de politique économique de l'Université de Saint-Gall en lui demandant de s'exprimer sur le thème de son forum annuel: «La Suisse et ses relations extérieures: s'ouvrir globalement ou miser sur l'Union européenne?». La question n'était pas innocente. Au moment où le Conseil fédéral multiplie les contacts pour établir des accords de libre-échange avec les Etats-Unis, le Japon et les «tigres» asiatiques, des politiciens suggèrent de retirer la demande d'adhésion à l'UE et de s'en tenir aux accords bilatéraux actuels.

Philipp Hildebrand ne leur répond pas directement, mais en brossant un large panorama historique des entrepreneurs qui ont fait de la Suisse le pays le plus riche du monde – jusque dans les années 1960 – il souligne que la fécondation du tissu industriel par des immigrés de pays voisins a joué un rôle majeur. Le recul constant de la Suisse en termes de création de richesses et de croissance ne vient pas de ce que les vertus traditionnelles de liberté économique et d'ouverture seraient moins efficaces dans un monde globalisé, mais plutôt de ce que nous avons oublié ces vertus.

Il serait faux, ajoute Philipp Hildebrand, de ne voir dans la politique économique extérieure qu'un outil pour stimuler les exportations. Elle joue un rôle essentiel pour dynamiser le marché intérieur. Vu les contraintes du système fédéraliste et des intérêts particuliers, elle est même «avant tout» un moyen pour dynamiser l'économie intérieure – le plus efficace peut-être dont dispose le Conseil fédéral, conclut Philipp Hildebrand.