La tension est montée d’un cran mardi suite à l’avertissement lancé la veille au soir par Standard and Poor’s (S&P) d’abaisser la note financière de quinze pays européens dont l’Allemagne et la France. Hier, l’agence de notation américaine a également placé le Fonds européen de stabilisation financière sous surveillance. Plus tard dans la journée, une autre agence de notation, Fitch, a cependant confirmé le AAA de la France. Néanmoins, les questions fusent alors que les chefs d’Etat européens s’apprêtent à se réunir dès jeudi pour tenter de rétablir la confiance.

Pourquoi S&P a-t-elle pris cette décision lundi?

«Notre travail n’est pas de faire de la politique ni de donner des conseils à ceux qui en font mais simplement d’évaluer les risques», a expliqué mardi Moritz Krämer, responsable de la notation pour l’Europe auprès de S&P. Pour de nombreux observateurs, l’avertissement tombe toutefois à point nommé et pourrait inciter les dirigeants à prendre les décisions qui s’imposent dès jeudi.

Comment S&P justifie-t-elle son avertissement?

Premièrement, les banques européennes éprouvent toujours plus de mal à trouver des fonds sur les marchés. Avec un besoin de refinancement du secteur bancaire estimé à 200 milliards d’euros pour le premier trimestre 2012, S&P craint un «credit crunch» sur le Vieux Continent.

Ensuite, les investisseurs privés rechignent à prêter aux Etats européens, y compris ceux qui sont marqués AAA. Le fait que la décision de restructurer la dette publique grecque à hauteur de 50% n’ait pas déclenché les CDS (assurance contre le risque de défaut) n’a d’ailleurs pas contribué à rassurer les investisseurs, note S&P.

La gestion politique de la crise est également pointée du doigt. Les querelles entre Etats et les décisions hésitantes des politiques ont affecté la confiance des investisseurs. Mardi, le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, a d’ailleurs maintenu sa position en faveur de la création d’euro-obligations alors que le couple franco-allemand l’avait exclu la veille. Quant au premier ministre britannique David Cameron, il a menacé de «ne pas signer» un nouveau traité européen s’il n’obtient pas de garanties suffisantes pour son pays.

Finalement, S&P considère que les mesures d’austérité adoptées par les Etats compliquent la mise en œuvre de politiques visant à stimuler la demande. Par conséquent, les rentrées fiscales diminueront en 2012 et la croissance ralentira. L’agence a d’ailleurs revu à la baisse ses prévisions et table désormais sur une progression de 0,4% du PIB dans la zone euro l’année prochaine.

Faut-il prendre la menace au sérieux?

Moritz Krämer a souligné que la mise sous surveillance de la note de quinze pays ne rendait pas leur dégradation inéluctable. «Normalement, S&P se donne 90 jours pour décider si elle va de l’avant ou non. Mais afin de limiter toute spéculation, nous allons tâcher de réagir rapidement après le sommet européen et les décisions politiques qui en résulteront», a-t-il déclaré. Si les décideurs politiques apportent des «solutions solides et crédibles», il n’y aura donc pas de raison de dégrader les notes. Le responsable de S&P a néanmoins rappelé que les précédents sommets avaient aussi été marqués par un certain degré d’optimisme sans que des actions concrètes s’en suivent pour autant.

Quelle a été la réaction de la BCE?

S’il n’y a pas eu de réaction officielle, l’Autrichien Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs, a néanmoins dénoncé «une action politiquement motivée». Les regards sont maintenant tournés vers le président de la BCE, Mario Draghi, qui tiendra sa conférence mensuelle ce jeudi.

D’autres réactions?

Pour Jean-Claude Juncker, chef de file des ministres des Finances de la zone euro, il s’agit d’une menace «exagérée et injuste». Pour Ulrich Stephan, directeur de la stratégie d’investissement chez Deutsche Bank, «la perte du triple A ne serait pas la fin du monde et l’Allemagne resterait parmi les valeurs sûres».

Et les marchés?

Les bourses européennes ont plutôt bien résisté mardi à l’annonce de S&P. Alors que la bourse de Francfort a terminé en recul de 1,27%, Paris et Milan ont limité les dégâts avec des pertes respectives de 0,68% et 0,49%.

Quant à la bourse suisse, elle a progressé de 0,49%. En ce qui concerne le coût d’emprunt sur dix ans des Etats souverains européens, la France a vu son taux d’intérêt augmenter de 10 points de base (3,21%) tandis que celui de l’Allemagne a baissé dans les mêmes proportions (2,18%). Les taux demandés à l’Italie ont continué à se détendre et s’élèvent désormais à 5,81%