«Grexit» – acronyme anglais de «Greece» et «Exit», autrement dit une sortie de la Grèce de la zone euro – est désormais sur toutes les lèvres. Comme en 2012. Un mois après les élections qui ont porté le parti de gauche Syriza au pouvoir, et alors que les discussions entre Bruxelles et Athènes pour trouver une sortie de crise semblent s’enliser, c’est l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) qui s’est penchée sur l’éventualité d’un tel scénario.

Dans un rapport publié jeudi, l’agence américaine s’est ainsi intéressée aux répercussions que pourrait avoir une sortie de la Grèce. Elle explique sa démarche par les nombreuses questions qu’elle a reçues à ce sujet ces dernières semaines.

Sans surprise, S&P considère qu’une sortie de la Grèce se solderait par un défaut de paiement. Selon elle, le pays subirait une longue et profonde récession qui compliquerait tout remboursement de sa dette. D’autant que celle-ci resterait libellée en euros tandis que la monnaie nationale, nouvellement émise, aurait tendance à se déprécier face aux autres devises. L’agence prédit également à la Grèce, en cas de sortie de la zone euro, des difficultés pour s’approvisionner en énergies, en nourriture ou en médicaments.

Pour les autres pays membres de la zone euro par contre, S&P se montre moins alarmiste. Elle considère ainsi qu’une sortie de la Grèce serait aujourd’hui pour eux «financièrement moins risquée» que si elle s’était produite en 2012. Et qu’elle n’aurait donc pas d’implications significatives en termes de « ratings » pour les notes souveraines. En d’autres termes le risque de contagion, souvent évoqué il y a trois ans, ne serait plus d’actualité.

S&P explique son raisonnement en trois points. Premièrement, le plan de sauvetage financier mis en place au sein de la zone euro est bien «plus robuste» aujourd’hui qu’à l’époque. Et cela, notamment, grâce au mécanisme européen de stabilité (MES) introduit fin 2012. Deuxièmement, les mouvements observés sur les marchés de la dette souveraine démontrent, selon elle, que les investisseurs font désormais une distinction entre la dette grecque et celle des autres Etats membres de la zone euro. L’Italie, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne ont ainsi vu leurs taux d’emprunts baisser à des niveaux record ces derniers mois tandis que ceux de la Grèce ont continué d’augmenter. Tout le contraire de ce qui s’était passé en 2012.

Enfin, les banques européennes sont beaucoup moins exposées aux institutions financières grecques que par le passé, souligne S&P. Au niveau international, et selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux (BRI), l’exposition totale est passée de 250 milliards de dollars il y a cinq ans à 77 milliards en septembre 2014. Par ailleurs, les banques qui n’appartiennent pas à un pays de la zone euro ont vu leur exposition s’accroitre de 16 à 27 milliards sur la période.

N’en demeure pas moins qu’un « Grexit », accompagné d’un défaut d’Athènes, aurait des conséquences financières. Une perte qui pourrait atteindre 300 milliards d’euros, selon l’agence de notation. Soit 3% du PIB 2014 de la zone euro