L'association de la science, de l'économie et du marketing politique propulse l'investissement durable à de nouveaux sommets. En Suisse, les placements dans l'ISR (environnemental, social et gouvernance) atteignent 17,9 milliards de francs, selon Onvalues. Et en Europe plus de 400 milliards d'euros. Un excès? sans doute pas. La valeur de toutes les entreprises mondiales liées aux énergies alternatives ne pèse que la moitié de celle d'Exxon, selon Christian Werner, CIO de SAM Group.

Chaque jour, les banques émettent des produits structurés ou des fonds de placement sur ce thème, à l'image de Pictet & Cie, avec un PF (Lux) Clean Energy, de la Banque Sarasin avec le Sarasin New Power Fund. Pendant ce temps, ABN Amro propose sept produits structurés sur l'eau, deux sur l'énergie éolienne, deux le changement climatique, trois le solaire et trois les énergies renouvelables. L'investisseur peine à s'y retrouver. Il doit d'abord définir ses besoins.

Durable ou non, l'investisseur ne peut pas être neutre, selon Kaspar Müller, président de Responsability et vice-président de la fondation Ethos. Chaque investissement a un effet qui dépasse les cours de bourse. «Il se trompe, celui qui croit ne tenir compte que des risques et du potentiel de profit sans influencer les valeurs culturelles, sociales et écologiques», déclare-t-il. Celui qui investit dans une entreprise de tabac contribue à ses effets négatifs sur la santé comme sur les effets positifs sur les emplois qu'elle crée. A son avis, l'investisseur qui fait le choix «durable» doit mesurer son geste à son impact. «Tous les investissements durables n'ont pas la même qualité. Ethos a un impact parce qu'elle ose s'exprimer et voter aux assemblées générales», selon Kaspar Müller. Il ne suffit pas de choisir les entreprises les meilleures en termes durables, il faut s'exprimer en investisseurs actifs pour qu'elles s'améliorent là où elles ont des points faibles. L'actionnaire n'a pas que des droits, mais aussi des devoirs, comme l'exercice des droits de vote. L'article 1 du code suisse de bonne conduite écrit que la décision au sein de la société appartient aux actionnaires.

Approche durable... mais sans fonds sur ce thème

Mais comment investir? Avec 20 analystes et gérants dédiés à l'ISR, Dexia figure parmi les sociétés les plus profilées dans le secteur. Il peut donc paraître surprenant que l'institut n'offre pas de fonds thématiques sur ce thème. Gaëtan Herinckx, responsable de l'ISR, explique que l'investisseur doit avant toutes choses définir son profil de risque, son portefeuille optimal, sa répartition entre actions et obligations sous l'angle purement financier.

Il précisera ensuite, au sein de la part actions, ses désirs en termes d'exposition. L'expert promeut une approche dite «core/satellite». Elle comprendra une partie prépondérante (core) qui investit dans de grandes entreprises et répond au profil de l'investisseur et à sa région de résidence, par exemple l'Europe. Pour la partie actions de celle-ci, la banque sélectionnera les meilleures entreprises de cette région («best in class»). Et pour la partie satellite (5 à 20% du total), Dexia propose une approche avec un profil de risque plus élevé, à travers l'investissement dans des plus petites entreprises, fief de bien des sociétés actives dans les énergies durables. Chez Dexia, l'investisseur durable a le choix entre 20 fonds et il a la même liberté de choix en termes financiers qu'un investisseur traditionnel. Pour prendre un exemple: pour la partie «core», l'investisseur européen choisira un fonds en actions européennes qui établit dans une première étape un «univers durable» comprenant les 35% meilleures entreprises au sein de chaque secteur selon les critères durables. Puis, deuxième étape, on sélectionnera les actions les plus intéressantes selon les termes financiers traditionnels.

Performance financière ainsi que durable

Est-ce rentable? Le plus ancien fonds durable de l'institut date de 1998. Son rendement est similaire à l'indice MSCI. Car, au moment où beaucoup de banques comparent leurs produits à des benchmarks durables, Dexia adopte une autre approche et se compare aux indices traditionnels, comme MSCI. «La majorité des clients ne sont pas prêts à sacrifier la performance pour investir dans les fonds durables», selon Gaëtan Herinckx. «A long terme, un investissement durable doit être compétitif.»

Au total, le groupe gère 14 milliards d'euros dans l'ISR et elle fait appel aussi bien à ses propres services d'analyse qu'à des organismes de recherche externes, comme Vigeo (France), Innovest (Canada) et GMI. Dexia observe des changements dans les entreprises: «Ce n'est plus uniquement des effets de communication: les entreprises ont compris l'impact potentiel de leur gestion du personnel ou de leurs matières premières...»

Sans intégrer les aspects de développement durable dans une approche intégrée, on court le risque de piètres résultats, selon Michael Steiner, responsable de l'ISR auprès de Wegelin, qui adopte aussi une approche core/satellite et le principe des produits «best in class». En pratique, cela signifie pour la partie «core» des achats de produits indiciels durables, comme le fonds Ethos sur les actions suisses, pour la partie européenne du portefeuille un ETF de Indexchange et pour les Etats-Unis un ETF de iShares. Pour la partie satellite, l'investisseur pourra adopter une gestion plus active et sélectionner des thèmes, par exemple pour l'énergie le SAM Smart Energy Fund, pour l'eau le SAM Sustainable Water Fund. Le choix des satellites est le fruit d'un réexamen mensuel au sein du processus d'investissement.

Une approche «best of practice» ne doit pas se limiter aux entreprises. Il faut aussi évaluer les secteurs d'activités, selon la Banque Sarasin. Le rating de l'automobile par exemple sera moins favorable que celui des logiciels, selon ce leader de l'investissement durable et de la recherche ISR en Suisse.

Les banques offrent donc une approche complète de l'ISR. Mais le potentiel et de nombreux champs d'investissement sont encore à peine effleurés. D'une part, il faudrait mieux informer l'investissement de l'objectif d'une stratégie ou un produit, financier ou ISR. D'autre part, il existe encore peu de produits qui, selon cette approche, couvrent les pays émergents, les placements alternatifs, l'immobilier et les obligations.