Technologie

Spécialiste des véhicules autonomes, Bestmile lève 16,5 millions de dollars

L’entreprise basée à Lausanne poursuit son expansion internationale, des Etats-Unis à l’Asie. Elle permet de gérer des flottes de véhicules, dont une partie de plus en plus importante sera autonome et électrique, selon son directeur

Nous l’avions quitté au cœur de San Francisco, en octobre 2018. Raphael Gindrat, directeur et cofondateur de Bestmile et originaire de La Chaux-de-Fonds, évoquait avec passion l’avenir des véhicules autonomes. Sa société, basée à Lausanne et possédant un bureau dans la ville californienne, s’apprêtait à signer un contrat majeur au Texas. Près d’un an plus tard, Bestmile franchit une nouvelle étape de son développement, en levant aujourd’hui 16,5 millions de dollars (16,2 millions de francs).

Fondée en 2014 avec Anne Mellano, vice-présidente des opérations, Bestmile est spécialisée dans les logiciels qui gèrent des flottes de véhicules autonomes. «Cette levée de fonds de 16,5 millions est une étape très importante pour nous, affirme Raphael Gindrat. Il ne s’agit pas d’investisseurs classiques, mais de sociétés qui vont s’impliquer fortement dans l’entreprise.» Bestmile avait déjà levé 3,5 millions de francs en 2016 puis 10,5 millions en 2017. «Aujourd’hui, nous avons le soutien de deux acteurs de poids, poursuit le directeur. Le fonds Blue Lagoon Capital, créé par deux entrepreneurs américains à succès, rejoint notre conseil d’administration et nous offrira un soutien opérationnel précieux. Et Translink Capital, fonds basé dans la Silicon Valley, possède des liens forts avec l’Asie et nous permettra de nous y étendre.»

Expansion internationale

Avec ces nouveaux fonds, Bestmile veut étendre sa présence à l’international. La société compte actuellement une cinquantaine d’employés, dont une quarantaine à Lausanne. «Nous allons rester basés en Suisse à court terme, dit Raphael Gindrat. Mais nous devons entrer désormais dans une nouvelle phase de notre développement en augmentant nos forces de vente à l’étranger. Nous comptons déjà une équipe de six personnes dont trois vendeurs aux Etats-Unis, nous allons créer un poste pour le Moyen-Orient et poursuivre nos activités en Asie.»

Pour Raphael Gindrat, la priorité est aujourd’hui les Etats-Unis, où il se rend entre six et huit fois par an. «Fin 2018, nous avons signé un contrat avec la société Alto, basée à Dallas, au Texas, détaille le directeur. C’est un nouvel acteur qui attaque Lyft et Uber sur le marché du transport de personnes à la demande. Nos logiciels lui permettent de gérer entièrement sa flotte de SUV. Nous permettons à Alto, qui aura une centaine de voitures d’ici à la fin de l’année, de planifier au mieux tous les trajets de ses véhicules pour les optimiser en permanence.» Alto utilise pour l’heure des véhicules avec chauffeur. «Dans un deuxième temps, cette société emploiera certainement des véhicules autonomes. Pour Alto, comme pour nous, il est très important d’avoir d’abord de l’expérience avec des chauffeurs, pour ensuite passer à l’autonome.»

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Doubler le nombre de partenariats

Aujourd’hui, Bestmile – qui ne communique aucun chiffre sur la marche de ses affaires – compte une quinzaine de partenaires, au niveau mondial, qui utilisent sa technologie. Le but est de doubler ce chiffre sur les douze prochains mois. Plusieurs bus autonomes circulent à Fribourg, à Genève ou à Sion. Mais la société, issue de l’EPFL, vise surtout les marchés étrangers. «Il y a une semaine, nous avons signé un contrat avec la société Beep en Floride, qui gère des navettes autonomes circulant à la demande dans des quartiers résidentiels dépourvus de services de transports publics, poursuit Raphael Gindrat. Nous allons multiplier ce genre d’accords pour accroître notre position sur le marché.» Peu importe donc le type de véhicules – autonomes ou pas, minibus ou voitures individuelles, à la demande ou effectuant des trajets prédéfinis –, Bestmile veut offrir ses services pour une palette large de moyens de transport.

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Reste que les véhicules autonomes, annoncés il y a trois ans pour 2020, tardent à venir sur les routes. Il y a bien des tests effectués, notamment aux Etats-Unis par Waymo (Google), mais aucun service commercial pour le grand public. «C’est vrai, cela prend un peu plus de temps qu’initialement prévu. Les constructeurs sont arrivés à régler le 99,5% des problèmes générés par la conduite autonome, et le 0,5% restant est le plus difficile, détaille Raphael Gindrat. Mais Waymo offre un service quasi commercial en Arizona, et ces robots-taxis vont se multiplier dans les années à venir. Pour moi, il n’y a aucun doute, l’avenir est au transport autonome, électrique et partagé. Tous les géants, d’Uber à General Motors, y investissent des sommes colossales.»

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«Une longueur d’avance»

Selon le directeur de Bestmile, sa société est aujourd’hui idéalement positionnée: «Nous avons certes plusieurs concurrents au niveau mondial, mais la plupart partent du marché des véhicules conduits par des humains pour s’intéresser ensuite au transport autonome. En ayant une démarche inverse, nous possédons une longueur d’avance sur nos rivaux.»

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