ENTREPRISES

Spécialité helvétique, les faillites de personnes physiques faussent à la hausse les comparaisons européennes

Les faillites en Suisse étaient en baisse de 2,1% l'an dernier, mais les cas d'insolvabilité des employeurs ont touché 28 000 salariés.

Le nombre de faillites a baissé de 2,1% l'an dernier en Suisse. Il reste que 28 000 salariés ont encore perdu leur emploi en raison de l'insolvabilité de leur employeur. Le taux de fermeture de sociétés en Suisse se situe dans la moyenne européenne, estiment les analystes de Creditreform qui rendait son étude cette semaine. Pour 10 000 entreprises, 108 font faillite en Europe de l'Ouest. En chiffres absolus, les pays de l'Union européenne comptent 190 000 cas d'insolvabilité pour 17,5 millions de sociétés.

Comme en Suisse, les cas de faillites y sont essentiellement dus à des erreurs de gestion, des problèmes de fonds propres, voire à une mauvaise morale de paiement des clients. Après avoir diminué de 4,3% en 1998, le nombre des faillites devrait poursuivre sa baisse ces prochaines années en Europe, les entreprises profitant de la hausse modérée des salaires et de taux d'intérêt relativement bas.

En Suisse, quelque 373 000 sociétés étaient enregistrées au Registre du commerce l'an dernier. Le nombre de faillites s'est élevé à 9000, ce qui donne un taux d'insolvabilité de 241 pour 10 000 entreprises. Au niveau européen, c'est la troisième plus mauvaise performance derrière la France (277 faillites pour 10 000 entreprises) et la Suède (270), conclut Creditreform.

Une comparaison faussée, estime le secrétaire de Creditreform, Claude Federer: «Les auteurs de l'étude n'ont pas suffisamment tenu compte de la possibilité que les personnes physiques ont en Suisse de demander une mise en faillite.» Il s'agit d'une spécificité du droit helvétique, que l'on retrouve aux Etats-Unis, mais qui est très rare en Europe, remarque Eric Girod, analyste chez Creditreform. «Or les faillites de personnes physiques représentent plus de la moitié des cas d'insolvabilité enregistrés en Suisse. Pour obtenir une bonne comparaison européenne, il faut donc au moins diviser par deux les 9000 faillites enregistrées en 1998», ajoute l'expert. Le taux d'insolvabilité en Suisse pour 10 000 entreprises peut ainsi être ramené à 120, ce qui le situe dans la bonne moyenne européenne.

La Suisse fait aussi partie des pays qui ont connu une nette amélioration depuis 1993, année où le nombre des faillites a connu un sommet en Europe. Le recul des cas d'insolvabilité a atteint 14,4% en Suisse. La plus forte baisse (–56,4%) a été enregistrée en Espagne, suivie des pays du nord de l'Europe, de la Grande-Bretagne (–34,7%) et des Pays-Bas (–19,1%).

«Là encore il faut nuancer les conclusions de l'étude, relève toutefois Eric Girod. Depuis 1993, ce sont surtout les faillites de privés qui ont diminué en Suisse, les cas d'insolvabilité pour les entreprises ayant baissé dans une moindre mesure. Malgré cette mise au point, notre pays compte parmi ceux qui ont vu le taux des faillites de sociétés reculer depuis 1993.»

LT

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