Zone euro

Le spectre du Grexit n’a pas disparu

L’Eurogroupe s’est penché lundi sur la crise financière grecque, un sujet récurrent depuis neuf ans. Enjeux: le déboursement d’une tranche d’aide et un plan de désendettement pour la Grèce, mais aussi la solidité collective

La réunion de l’Eurogroupe s’est poursuivie lundi soir à Bruxelles. Les ministres des Finances de la zone euro se penchaient sur la crise grecque, un sujet récurrent depuis fin 2009 qui rappelle que le spectre du Grexit – la sortie de la Grèce de la zone euro – ne s’est pas éloigné de façon définitive. En fin de journée lundi, un diplomate européen confiait à l’AFP que les négociations seraient «longues et difficiles».

A lire aussi: La Grèce à nouveau sous l’épée de Damoclès?

«Il ne s’agit pas uniquement de la Grèce que nous devons de toute façon aider à sortir de l’ornière, a affirmé Bruno Le Maire, le tout nouveau ministre français de l’Economie dans le gouvernement Macron, à son arrivée à Bruxelles, lundi. Il y va aussi de la zone euro qui doit rester unie et forte lors des négociations face aux puissances que sont la Chine et les Etats-Unis. L’objectif de la présidence française est que la Grèce reste dans la zone euro.» Réponse de Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances: «Tous les membres de la zone euro doivent être compétitifs. Il ne s’agit pas de garder un pays dans la zone euro pour le plaisir de garder un pays dans la zone euro.»

Nouveau plan d’économies

La Grèce était en effet le principal sujet à l’ordre du jour de la réunion. Premier enjeu: Athènes doit rembourser 7,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE) et deux milliards au Fonds monétaire international (FMI) au plus tard le 20 juillet prochain (8,2 milliards et 2,2 milliards de francs respectivement). En août 2015, l’Eurogroupe avait voté une enveloppe de 86 milliards d’euros pour autant que la Grèce respecte les conditions posées pour y accéder. Ce lundi, les ministres devaient décider de débloquer 9,5 milliards d’euros.

A voir: En Grèce, le visage ordinaire de la pauvreté

Pour mettre toutes les chances de son côté, le Vouili – parlement grec – a approuvé vendredi un train de mesures d’économies à hauteur de 4,9 milliards d’euros, selon les exigences des bailleurs des fonds. Une petite majorité des députés l’ont approuvé malgré des protestations massives organisées à travers le pays par les travailleurs appelés à se serrer encore un peu plus la ceinture. Depuis 2009, la Grèce a adopté trois programmes d’ajustement structurel visant à réduire le train de vie de l’Etat.

A lire: La jeunesse grecque acculée à l’émigration

«La balle est dans le camp des créanciers, a déclaré ce week-end le premier ministre grec Alexis Tsipras, après l’adoption du plan d’économies par le Parlement grec. C’est à leur tour de tenir leurs engagements. Nous attendons et méritons une décision lundi.» Avant la réunion de lundi, Tsipras a eu des discussions avec plusieurs dirigeants européens dont le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel. «Je sens chez tous les acteurs, sans exception, la volonté de parvenir à un accord», a déclaré pour sa part le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici.

Une dette «insoutenable et explosive»

Un deuxième sujet devait faire l’objet des négociations lundi soir: la dette grecque. Celle-ci s’élève à 179% du produit intérieur brut (PIB) du pays contre une moyenne de 90% dans la zone euro. Le FMI réclame un plan pour alléger le fardeau – insoutenable et explosive à terme, selon sa directrice Christine Lagarde – depuis plusieurs mois. Mais les discussions patinent. Elles se heurtent surtout à l’opposition du ministre conservateur allemand des Finances Wolfgang Schäuble. «Les réformes approuvées vendredi par Athènes vont dans la bonne direction, a-t-il encore déclaré lundi. Mais la Grèce ne se qualifie toujours pas pour une annulation de la dette.»

Publicité