Les soutiens verbaux apportés au franc par le Conseil fédéral et la Banque nationale (BNS) semblent ne pas avoir convaincu les cambistes. Malgré un léger rebond de la devise helvétique ces derniers jours, HSBC préconise aux «carry traders» de la privilégier par rapport au yen comme devise de financement.

Depuis plusieurs mois, le «carry trade» a beaucoup influé sur les changes, selon une étude publié mardi par Goldman Sachs. Cette technique consiste à emprunter des fonds dans des pays à bas taux d'intérêt pour réaliser des placements dans des pays à taux élevés. Cela entraîne des ventes des devises à bas taux comme le yen et le franc et des achats des devises à taux élevés comme le dollar et la livre sterling. Le carry trade a d'abord expliqué les accès de faiblesse du yen malgré la santé de l'économie japonaise et la modération de l'inflation. Le franc se retrouve de plus en plus dans cette position inconfortable.

Cette situation, qui avantage les exportateurs mais renchérit les importations, devrait se prolonger, d'après Goldman Sachs. En effet, les signes de ramollissement conjoncturel au Japon comme en Suisse devraient empêcher les banques centrales de beaucoup remonter leurs taux directeurs pour réduire l'écart avec les monnaies à forts taux.

David Bloom, chef stratège pour les devises chez HSBC, pense que le franc va encore baisser de 5% à 7% contre le dollar et ne terminera son chemin de croix qu'après le yen. «Les Suisses ne sont pas autant sous pression que les Japonais pour enrayer la chute de leur devise», explique-t-il en citant des facteurs politiques, notamment les grands équilibres monétaires discutés au sein du G7. «La Suisse n'en fait pas partie, le Japon, oui», ajoute David Bloom, lors d'une conférence mardi à Genève.

Dans ce contexte, l'assagissement de l'inflation en Suisse et le fléchissement de l'indice conjoncturel KOF pèsent plus lourd dans la balance que la bonne parole des gouvernants. La semaine passée, le ministre de l'Economie Hans-Rudolf Merz a déclaré qu'il faudrait faire en sorte que la «faiblesse de la monnaie ne s'accentue pas». La BNS a dit qu'«elle observait soigneusement les développements du cours du franc» et a aussi mis en garde les «carry traders» contre une brusque remontée de la devise nationale.

Un tel retour aux fondamentaux pourrait se produire dans un horizon de deux à trois mois, estime David Bloom. «Le franc pourrait s'apprécier de 12% environ», d'après lui. De son côté, Goldman Sachs qualifie de «tendues» les positions sur le yen et le franc: le carry trade est «menacé.»