Après une année 2016 placée sous le signe de l’incertitude politique – pour sa plus grande partie – à la suite du Brexit et du renforcement des velléités indépendantistes en Europe, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a réveillé les investisseurs les plus endormis, agissant comme un électrochoc à travers toutes les classes d’actifs. L’indice phare de la bourse de New York, le S&P 500, s’était envolé de plus de 6% avant le passage à la nouvelle année, alors que la courbe des taux états-unienne dans son ensemble s’est décalée vers le haut à la suite de la montée des attentes d’inflation.

Le billet vert s’est également considérablement apprécié contre la plupart des monnaies, se renchérissant notamment de plus de 10% contre le yen japonais et de presque 5% contre la monnaie unique. Les monnaies à fort rendement, telles que les dollars australien et néo-zélandais, ont également fait les frais de l’ascension des taux US.

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Cependant, la situation a quelque peu changé depuis le début de l’année alors que le nouveau président intensifiait la pression à l’aide de son compte Twitter. Le marché actions a continué sur sa lancée, battant de nouveaux records historiques à de multiples reprises. Sur le marché des changes, la situation est tout autre puisque le dollar a perdu considérablement de terrain face aux principales monnaies dans un contexte où les pressions vendeuses sur les titres souverains états-uniens se sont quelque peu atténuées, permettant aux taux de se détendre. Dans cet environnement chamboulé et soumis aux sauts d’humeur de Trump, fournir des prévisions réalistes est devenu une tâche complexe. Essayons tout de même d’y voir un peu plus clair.

La flambée du dollar qui a accompagné le renforcement des taux d’intérêt sur les derniers mois de l’année 2016 est le résultat de plusieurs phénomènes. Premièrement, les attentes d’inflation sur 5 ans dans 5 ans (5y5y) ont grimpé vers 2%, ce qui a eu pour effet de renforcer les taux à moyen et long termes. Les taux à court terme quant à eux ont profité de l’augmentation des probabilités d’un resserrement monétaire plus agressif de la part de la Réserve fédérale.

Deuxièmement, la Chine, qui est le second plus important détenteur de la dette publique états-unienne, s’est débarrassée de plus de 100 milliards de dollars de bons du Trésor durant les mois d’octobre et de novembre dans le but de défendre la dévaluation du yuan. Finalement, la poussée du marché actions a incité les investisseurs à augmenter leur prise de risque au détriment des placements plus sûrs tels que les obligations. Cette envolée du dollar a donc tout naturellement aiguisé les appétits, poussant les positions spéculatives à la hausse.

Cependant les dernières prises de position, ainsi que les décrets signés par Donald Trump, ont semé le doute sur les marchés. En effet, une grande partie des investisseurs ne s’attendaient pas à ce que ses promesses les plus extravagantes se matérialisent. Sur le marché des changes, l’ajustement s’est fait graduellement au cours du mois de janvier. Affaibli par les prises de bénéfice des spéculateurs, le dollar a effacé partiellement ses gains. La correction s’est faite de manière inégale cependant puisque les monnaies matières premières de bonne qualité (dollar australien, dollar néo-zélandais et couronne norvégienne), ainsi que le yen ont particulièrement bien performé.

Par conséquent, les positions spéculatives sur le marché à terme, qui sont reportées une fois par semaine par l’organe de contrôle et de régulation des marchés financiers américains (CFTC, ou Commodity Futures Trading Commission), se sont considérablement réduites. Le volume total des positions spéculatives haussières a diminué de plus de 20% depuis le début de l’année. La baisse devrait se poursuivre au cours des semaines qui viennent.

Etant donné l’imprévisibilité de Trump, l’incertitude va rester le maître mot au cours des prochains mois. Paradoxalement, cette situation va protéger le dollar – dans une certaine mesure – contre une dépréciation globale puisque le billet vert obtient toujours les faveurs du marché en période d’incertitude croissante. Toujours est-il que certaines monnaies, notamment celle fournissant des taux d’intérêt supérieurs, vont très certainement continuer à tirer leur épingle du jeu alors que les investisseurs revoient leurs anticipations irréalistes à la baisse et retournent doucement à la réalité.

* Analyste marché, Swissquote