Scandale

Les sponsors de la FIFA disent leur exaspération

Les sponsors mettent la pression sur la FIFA

Football Adidas, Coca-Cola et autres Visa appellentla fédération à fairele ménage

Un expert estime peu probable qu’ils finissent par rompre leur contrat

La pression sur la FIFA n’est plus uniquement sportive, juridique et politique. Elle devient aussi financière. Longtemps muets, mais de plus en plus agacés par les révélations régulières sur les conditions de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, les sponsors de la fédérations ont presque tous réagi mercredi et jeudi à l’ouverture des nouvelles enquêtes suisse et américaine.

Adidas, son plus fidèle partenaire commercial, dit attendre de la FIFA les mêmes exigences d’éthique et de conformité qu’il s’impose à lui-même. Coca-Cola et Hyundai ont eux aussi exprimé leur déception. «Cette controverse qui dure depuis longtemps a terni la mission et les idéaux véhiculés par la Coupe du monde. Nous avons à maintes reprises exprimé notre inquiétude face à ces nombreuses allégations», a déclaré le géant américain du soda, dans un communiqué. Hyundai s’est dit «extrêmement concerné» par les procédures légales en cours. Le brasseur AB InBev, qui affiche sa marque Budweiser autour des terrains, ainsi que McDonald’s tiennent le même discours. Le géant du fast-food ajoute qu’il «suit la situation de près». Mais c’est Visa qui s’est montré le plus menaçant. Si la FIFA ne change pas, «nous réévaluerons notre parrainage», explique le fournisseur de cartes de crédit.

Economiste du sport auprès du cabinet Kurt Salmon, Vincent Chaudel estime que toutes ces réactions sont légitimes. Ce d’autant plus que les sponsors, une petite année après la Coupe du monde brésilienne, se trouvent dans le creux de la vague quadriennale de leur partenariat. «Ils seraient sans doute moins sensibles, si une Coupe du monde débutait dans trois semaines», lance-t-il. Faute de grandes compétitions qui, généralement, réorientent l’attention sur le jeu, «ils sont logiquement plus exigeants sur l’image que véhicule l’institution FIFA».

La FIFA est hautement dépendante de ses revenus marketing. Ils représentent entre 30 et 45% de ses recettes. Le reste provient de la commercialisation des droits télévisuels (voir graphique). Mais le risque de la voir s’appauvrir reste minime, même dans cette situation de crise. D’abord, parce que la liste d’attente est longue. Plusieurs multinationales seraient prêtes à prendre le relais des partantes éventuelles. Parmi elles, Qatar Airways a été évoqué à plusieurs reprises, alors qu’Emirates a renoncé à reconduire son contrat, l’hiver dernier.

Du coup, personne n’ose vraiment croire que ces grands partenaires se retirent. Pour Vincent Chaudel, «si Visa s’en va, elle court le risque d’être remplacée par MasterCard ou American Express. Idem pour Coca-Cola, qui pourrait laisser le champ libre à Pepsi». En bref, une place aux côtés de la FIFA est trop précieuse.

Plus précieuse que les affaires de pots-de-vin? «Les sponsors ne pouvaient pas ne pas savoir avant mercredi qu’il y avait des suspicions de corruption», poursuit l’expert parisien. Qui cite un autre risque, en cas de retrait: «Cela peut être mauvais pour leur image d’abandonner dans un moment difficile». Et de citer l’exemple de l’affaire Festina (de dopage généralisé dans le cyclisme), qui a démontré que le grand public sait faire la distinction entre les sponsors et les sportifs ou les dirigeants fautifs. «L’image de Festina n’en a pas vraiment souffert. Au contraire, même.»

Un doute persiste, néanmoins. Cette fois-ci, les secousses ne proviennent pas d’une enquête journalistique. Les événements de mercredi sont d’une autre magnitude, comme le résume un spécialiste du dossier FIFA, cité par la BBC. La police zurichoise a, presque sous les yeux des caméras, pénétré dans un hôtel pour arrêter des hauts responsables de la FIFA. C’est autre chose que ce qui s’était passé jusqu’ici.

Une hypothèse probable est que les sponsors pourraient exiger des compensations. «Après l’affaire du bus de Knysna, en Afrique du Sud en 2010, la réputation de l’équipe de France était telle que la Fédération française de football (FFF) a proposé un système de bonus-malus à ses sponsors», rappelle Vincent Chaudel. Concrètement, les sommes engagées par les partenaires évoluaient, au gré de la cote d’amour de l’équipe nationale. Résultat: aucun d’entre eux n’est parti. D’autres se sont même ajoutés à la liste.

Aujourd’hui, avec en ligne de mire l’Euro 2016 en France et des Bleus redevenus bien plus fréquentables, ce système d’amortisseur financier a été abandonné par la FFF, en accord avec les sponsors eux-mêmes.

Plutôt que de quitterle navire, les sponsors pourraient demander des compensations financières

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