Pas question de fermer boutique et partir. Peter Spuhler a été très clair: «Stadler n’abandonne pas ses employés et, de ce fait, maintient son usine» en Biélorussie, a d’emblée annoncé le patron du fabricant de trains. Les critiques à l’égard de l’entrepreneur, à qui l’on reproche de ne pas prendre ses distances avec le régime autoritaire d’Alexandre Loukachenko, ne datent pas d’hier.

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Mais, ce mardi, lors de la conférence de presse annuelle au siège de Bussnang (TG), Peter Spuhler semblait légèrement échaudé: «Nous avons des devoirs envers les employés, nous ne voulons pas les jeter à la rue, et je pense qu’il est important d’intégrer économiquement ce genre de pays pour aider au processus de démocratisation.» Et le président et directeur général de Stadler Rail, quelque peu dépité aussi, de rappeler les nombreux échanges et formations en Suisse et ailleurs que font les employés de son usine en Biélorussie.

Cette dernière fabrique des trains et des trams principalement pour les pays de l’ex-URSS formant la Communauté des Etats indépendants. Une région sur laquelle Stadler Rail a misé, tout comme sur les Etats-Unis, pour réduire sa dépendance à l’Europe au moment de la crise de la dette publique au début des années 2010. Y conduire des affaires n’est pas facile, a admis Peter Spuhler, mais «je pense que nous avons des chances».

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L’usine, basée à Fanipol, à 30 kilomètres de la capitale Minsk, rappelle Stadler Rail, a été ouverte il y a environ dix ans dans un climat de «rapprochement politique». Et «l’expérience a été incroyablement bonne», a affirmé Peter Spuhler. Quant à la situation actuelle, «les entreprises ne sont pas la police du monde, a-t-il poursuivi. Pour cela, il y a les organisations internationales, elles évaluent la situation et prennent des sanctions. Il est clair ensuite que nous les appliquons.»

Affecté par les sanctions

Pour autant, le spécialiste des trains et trams a déjà commencé à réduire la voilure dans le pays allié de la Russie et soumis à des sanctions occidentales. L’une en particulier affecte directement la production locale de l’entreprise suisse, celle qui lui interdit d’envoyer des composants électroniques vers son usine à partir de juin. Cette dernière emploie un peu plus de 1000 personnes.

Sa production n’est pas déterminante pour la marche des affaires, a relativisé Peter Spuhler: «Moins de 2% du carnet de commandes de Stader Rail, qui s’élève à 17,9 milliards de francs, est fabriqué localement, ce qui peut être encore réduit pour s’assurer que la production se fasse dans les délais via une relocalisation.» Stadler Rail a mis en place du chômage partiel, un plan social et des employés sont en train d’être relocalisés, en Pologne ou en Suisse.

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Mais Stadler Rail a voulu rassurer sur les effets de la guerre sur ses affaires. L’entreprise n’a aucune commande en cours de la Russie ou de l’Ukraine, a précisé Peter Spuhler. Il n’y a pas non plus «d’investissement financier en dépôts ou autres types d’infrastructure». Il existe néanmoins des contrats de services à long terme pour 11 trains, employant 18 personnes à Moscou, et 23 trams et 10 personnes à Saint-Pétersbourg. Au final, «l’impact financier ne peut pas encore être complètement évalué pour l’instant et dépend grandement de l’évolution de la situation», a néanmoins conclu le groupe.

Records

Pour le reste, Stadler Rail a enchaîné les records: des nouvelles commandes (5,6 milliards, en hausse de 28%), du carnet de commandes (17,9 milliards, en hausse de 11%), des revenus nets (3,6 milliards, en hausse de 18%). Le résultat opérationnel (+43% à 224 millions) également, et la marge EBIT a progressé (atteignant 6,2%) après s’être remise des difficultés liées au covid en 2020. Mais elle reste touchée par les problèmes de chaîne d’approvisionnement, des prix des matières premières et de l’inflation des salaires. Sa rentabilité nette est en baisse de 2,8% à 134 millions, affectée notamment par les effets de taux de change. L’action a ouvert en nette baisse, perdant 4,5% en fin de matinée.

Michael Foeth, analyste chez Vontobel, ne se formalise pas des difficultés actuelles politiques et estime que l’important carnet de commandes et les commandes récentes – notamment celle record, au début de l’année, de la part d’un consortium germano-autrichien – reflètent «la forte position de Stadler sur le marché et son leadership technologique». L’expert reste convaincu que l’entreprise sera une bénéficiaire de la tendance à électrifier les réseaux de chemins de fer, qui devrait s’accélérer puisque les gouvernements veulent réduire leur dépendance aux énergies fossiles. De fait, dans son rapport annuel, Stadler souligne que dans plusieurs de ces marchés cibles, une majorité des trains fonctionnent encore au diesel (notamment aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne).