Vente? Coentreprise? Entrée en bourse? A presque 58 ans, Peter Spuhler évalue les options qui se présentent pour pérenniser l’entreprise qu’il dirige depuis son rachat en 1989, Stadler Rail. Et c’est la dernière qui tente le plus le responsable du fabricant thurgovien de matériel ferroviaire.

L’indépendance de l’entreprise est primordiale. Vendre à des Chinois serait «le plus facile» et le plus rémunérateur, a-t-il expliqué dans une interview à Schweiz am Sonntag, mais il ne veut pas en entendre parler. L’ancien conseiller national UDC voit une cession à la concurrence comme une «trahison» pour ses employés.

En partie en mains de la famille

Une entrée en bourse permettrait, elle, de conserver l’indépendance de l’entreprise, selon son directeur général. «Nous pouvons entrer en bourse, tout en maintenant entre 35 et 40% des actions entre les mains de la famille. Ensuite, un des enfants pourrait avoir encore une responsabilité opérationnelle», a-t-il ajouté.

Quant à lui, il se voit céder la direction générale, tout en conservant la présidence du conseil d’administration. Et pourquoi pas, retourner en politique. Il n’a pas donné de calendrier, mais estime qu’à son âge, il est important de penser à sa succession dans l’entreprise basée à Bussnang. En tous les cas, les jours de Stadler Rail comme entreprise familiale «sont comptés», estime la Neue Zürcher Zeitung.

Concurrence en provenance d’Asie

Le quotidien zurichois rappelle d’ailleurs que ce n’est pas la première fois que le Suisse né à Séville évoque une entrée en bourse. Mais son âge, de même qu’un marché plus difficile, plus concurrentiel et avec davantage de pression sur les prix d’acheteurs publics en manque de fonds, risquent d’accélérer la décision. L’arrivée d’acteurs asiatiques, dont certains sont étatiques ou soutenu par l’Etat, en Europe est un défi qu’une entrée en bourse pourrait alléger: cela permettrait à l’entreprise dont le capital est aujourd’hui limité, d’obtenir des fonds pour investir.

Le groupe thurgovien figure toujours parmi le top dix des plus grands constructeurs de trains. Mais la différence avec le numéro un du secteur est abyssale. Alors que le chiffre d’affaires du fabricant suisse restait en dessous de 2 milliards en 2015, celui du chinois CRRC frisait les 35 milliards de francs.

Vigueur du franc fort

En juin dernier, l’entreprise avait expliqué avoir souffert du franc fort en 2015. Ses commandes se sont réduites à 2,1 milliards de francs et ses ventes à 1,76 milliard. En 2014, la société avait enregistré de nouveaux contrats à hauteur de 2,9 milliards. L’évolution n’inquiétait pas le groupe, qui jugeait bonne l’utilisation de ses capacités de production.

Stadler Rail n’a jamais donné d’informations sur sa rentabilité. Mais dans l’interview qu’il a donnée à Schweiz am Sonntag, Peter Spuhler révèle que la marge a perdu cinq points de pourcentage «récemment». Le groupe compte 7000 collaborateurs, dont plus de la moitié se trouve à l’étranger.