Tout s’annonçait plutôt bien pour Stadler Rail: le fabricant thurgovien de matériel ferroviaire promettait une croissance plus que doublée par rapport à celle enregistrée avant son entrée fracassante en bourse il y a tout juste un an, visant 3,5 milliards de francs de revenus. Le concepteur des wagons Flirt, qui composent notamment les trains régionaux des CFF, enchaînait les commandes de trams et de rames aux quatre coins du monde, affichant un carnet d’ordres à 15 milliards de francs à fin 2019. Lancé à pleine vitesse, avec des contrats portant sur plusieurs années, il semblait à peine ébranlé par la crise liée au coronavirus, qui plonge la plupart des groupes industriels dans l’incertitude.

Jusqu’à jeudi dernier, quand l’entreprise de Bussnang a annoncé en soirée coup sur coup la suspension de ses objectifs pour 2020 et la démission de son directeur général Thomas Ahlburg, aux commandes depuis à peine plus de deux ans. Un départ justifié dans les communiqués diffusés ce soir-là seulement par des «divergences sur la stratégie» avec le président Peter Spuhler, qui précise n’avoir «pas toujours partagé l’avis de son directeur général». Un président décrit par divers observateurs comme «une personnalité forte, très présente dans l’opérationnel du groupe», qu’il a façonné.