«Vous avez une bonne formation, mais pas d'expérience!» De nombreux diplômés se heurtent à cette remarque lors de leurs premiers entretiens d'embauche. Afin d'éviter ce reproche récurrent fait aux universitaires, le stage en entreprise est obligatoire lorsqu'on suit des études en HEC (hautes études commerciales), et cela aussi bien pour ceux qui sont encore dans l'ancien système de la licence que pour ceux qui font un bachelor-master.

Outre le fait d'apporter un véritable plus dans le CV, ce passage en entreprise permet aussi de débroussailler le terrain. «J'ai trouvé un stage dans une société d'audit en corporate finance. Ça m'a permis de définir que je ne voulais pas travailler dans l'audit, mais plutôt en banque et finance», explique Eric*, qui a choisi ses matières de master à la HEC Saint-Gall en fonction de cette expérience. Son stage s'est globalement bien passé, avec toutefois un léger bémol: «Je pense que c'est une meilleure idée de faire son stage à la fin du bachelor plutôt qu'après un an, comme je l'ai fait. On a de meilleures bases théoriques.» Le stage se fait d'ailleurs en général à la fin du master, lors du dernier semestre, et il sert alors souvent de pré-embauche.

Des critères précis

Pour que l'expérience compte dans le cursus, elle doit répondre à des critères précis. «Il n'est pas question de faire un stage en statistiques si on étudie la finance», illustre Flora Houben, responsable de la Plateforme HEC-Entreprise de Genève. Mise en place par l'université, celle-ci a pour but de renforcer les liens entre HEC Genève et le monde professionnel. Elle propose une bourse aux stages et aux emplois, réservée aux étudiants en HEC. De leur côté, ceux-ci peuvent déposer leur CV et leurs demandes de stage en ligne.

Afin d'éviter les stages bidons, la Plateforme HEC rappelle quelques règles de base aux entreprises. Elles doivent fournir un tuteur qui encadrera l'étudiant et le cahier des charges doit être défini à l'avance. Concrètement, une convention tripartite est signée entre l'étudiant, l'entreprise et un professeur d'HEC, qui vérifie l'adéquation du stage avec la filière suivie.

Si l'étudiant accomplit un travail qui pourrait être fait par un employé, c'est mauvais signe. Tout comme le fait de ne pas être payé du tout. Ce dernier indice doit toutefois être fortement relativisé, selon Flora Houben, car cela dépend du secteur d'activité: «Les stages dans les organisations internationales ne sont souvent pas rémunérés.» Il en est de même dans le domaine culturel. En revanche, le phénomène n'existe pas dans les banques, l'audit ou les assurances.

A Genève, les HEC distribuent depuis quelques mois un questionnaire d'évaluation. Parmi les questions posées: est-ce que l'entreprise a dispensé une formation initiale? Les tâches étaient-elles clairement définies? Quelle était la rémunération? Ou encore, le stage a-t-il permis à l'étudiant d'approfondir certains sujets?

Le motif d'insatisfaction le plus fréquent? «Le manque d'encadrement», répond Flora Houben. Viennent ensuite des tâches peu en adéquation avec les études. Les premiers résultats récoltés montrent aussi que la majorité des candidats trouvent leur stage grâce à leur réseau de relations.

La politique menée par les HEG (hautes écoles de gestion) est assez différente. Pour commencer, les stages sont obligatoires uniquement pour les étudiants qui suivent la formation d'Economiste en entreprise à plein temps. Ceux qui la suivent en cours d'emploi ne sont pas concernés, puisqu'ils sont de toute façon déjà confrontés à la pratique.

Le stage ne se fait pas non plus forcément en entreprise. Il peut aussi s'agir d'un séjour linguistique ou de projets proposés par les professeurs au sein de l'école. «Certains ont étudié les approches innovantes d'organisation du travail dans les PME romandes. D'autres ont participé à l'organisation du Prix suisse de l'éthique», illustre Biljana Grujic, collaboratrice scientifique à la HEIG-VD et responsable des stages pour la filière Economie d'entreprise.

Il n'existe pas non plus de convention tripartite, comme dans les HEC. «C'est à l'étudiant de choisir où il veut aller, mais nous discutons avec lui quand le stage envisagé n'a pas de lien direct avec ses études», explique Biljana Grujic. Trouver autre chose qu'un job alimentaire est toutefois compliqué par le fait que les stages se font surtout durant les vacances d'été.

Les étudiants s'organisent

Dans les HEG, l'obligation de stage sera d'ailleurs normalement supprimée en 2007, car la rentrée interviendra tôt, à mi-septembre, ce qui laisse une période trop courte. En revanche, davantage de projets seront organisés en cours d'année. «Cette année, par exemple, nous avons collaboré avec la Main Tendue, explique Biljana Grujic. Quinze étudiants ont organisé un stand pour l'association au Paléo Festival.»

Certains stages apportent davantage dans un CV, comme ceux en marketing, ressources humaines ou finances. Encore faut-il en tirer profit: «Ceux qui valorisent le mieux leur expérience ne sont pas toujours les étudiants les plus chanceux, ceux qui ont trouvé un stage en lien direct avec leurs études», constate Biljana Grujic.

De leur côté, certains étudiants s'organisent en réseau professionnel. La Junior Entreprise Genève (JEG) compte ainsi une cinquantaine d'étudiants HEC, qui effectuent des mandats rémunérés pour des entreprises, du business plan à la stratégie marketing. «Les professeurs nous aident, par exemple s'il faut établir un bilan provisionnel», explique Agnès Vulcain, présidente de la JEG. Elle-même travaille d'ailleurs déjà dans une banque, parallèlement à ses études. Un emploi à 20% décroché suite à un mandat.

*Prénom d'emprunt.