La Suisse n'est pas une île. Son économie ne saurait être préservée alors que celles de ses voisins et autres partenaires pâtissent. Dans les faits, trois des six instituts conjoncturels reconnus ont baissé mercredi leurs prévisions pour 2009. D'habitude optimiste et volontairement encourageant, le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) prédit une croissance en baisse par rapport aux prévisions de septembre. Le BAK Basel écarte le risque d'une récession, mais table néanmoins sur une croissance de 0,7%, contre 1,3% précédemment. Le Créa, rattaché à l'Université de Lausanne, est le plus pessimiste. Il anticipe une récession.

Officiellement, le Seco donnera sa lecture de l'évolution conjoncturelle en décembre. Mais d'ores et déjà, il table sur une croissance nettement sous la barre de 1%, contre 1,3% prévue en septembre. «Les dernières nouvelles confirment que le climat auprès des entrepreneurs et des consommateurs s'est encore solidement détérioré récemment en Europe», déclare Aymo Brunetti, le chef économiste. Il affirme par ailleurs que l'impact de la crise financière se fait désormais sentir sur l'économie réelle.

«Le ralentissement mondial, des voisins en récession et des pays émergents qui ne seront pas épargnés expliquent notre pessimisme pour l'économie suisse», justifie Délia Nilles, vice-directrice de Créa. Et d'ajouter: «Un climat de méfiance s'est installé suite à la crise financière et nous ne voyons pas de remède pour restaurer la confiance.» C'est dans ce contexte que l'institut lausannois voit une détérioration sur tous les plans: construction, consommation et exportation. Le Créa prévoit donc une croissance négative à 0,6% en 2009, la plus basse depuis 1991. Une légère reprise (0,5%) sera au rendez-vous en 2010, aidée notamment par une faible inflation et un taux d'intérêt bas. Le taux de chômage atteindra toutefois 4,3%, contre 2,6% actuellement.

Alarmisme déplacé

Le BAK se situe parmi les «optimistes» et estime qu'un peu de distance s'impose par rapport au débat sur les chiffres. «Il faut considérer les attentes comme le scénario le plus probable, mais le risque de déception est supérieur à une version haussière», déclare Urs Müller, directeur du BAK Basel Economics. Les experts se disputent sur l'existence ou non d'une contraction. Mais l'alarmisme est déplacé: «Tout nous sépare du milieu des années 1970 lorsque le PIB suisse s'est contracté de 7,5% en termes réels», ajoute-t-il. D'ailleurs avec une hausse modérée du chômage, à 2,8% en 2009, il est difficile d'employer pour l'économie réelle les mêmes images qu'en finance.

Le canal de transmission de la crise financière à l'économie réelle est psychologique, selon Urs Müller. Or la presse dramatise à l'excès et ignore la bonne tenue de l'emploi. Sans surprise, la confiance des consommateurs a plongé, ajoute-t-il. Pourtant les ventes du commerce de détail augmentent de plus de 3%. Et en 2009, la valeur ajoutée de ce secteur augmentera de 1,5%.

L'économie mondiale a subi quatre chocs et deux sont maintenant derrière nous, la hausse des prix du pétrole et celle des prix alimentaires, selon Urs Müller. Mais la crise immobilière et la crise financière vont se prolonger, même si les bourses devraient se reprendre dès le début de l'an prochain.

Secteur financier pénalisé

Pour 2010, le BAK s'attend à un solide rebond, avec une croissance de 2,8% aux Etats-Unis et de 1,5% dans l'Eurozone. Une reprise qui dépendra précisément de la confiance des acteurs économiques, en particulier des banques et des consommateurs, ainsi que de la stabilisation des prix immobiliers et de la baisse de l'inflation.

La Suisse s'en sortira mieux que d'autres, car le marché du travail reste solide. L'emploi ne devrait baisser que de 0,1% en 2009 après des années de hausse sensible. La consommation privée restera donc un pilier solide de la croissance (+ 0,9%), tandis que les exportations se calmeront et que les investissements d'équipements reculeront. L'industrie horlogère sera encore à la fête (7%) accompagnée par la bonne tenue de la chimie/pharmacie (3%), mais la valeur ajoutée des banques diminuera de 2,3% en 2009.

Les centres financiers seront donc pénalisés l'an prochain, notamment Zurich/Argovie et le bassin lémanique où la finance représente respectivement le quart et 14% de la valeur ajoutée.