L'évolution des finances publiques des dix pays qui rejoignent l'Union européenne (UE) le 1er mai prochain sera déterminante dans leur notation de crédit, selon Standard & Poor's (S & P). L'agence internationale, qui attribue des notes de crédit à une centaine d'émetteurs souverains dans le monde, a publié mercredi un rapport sur les perspectives des nouveaux membres de l'UE. Elle estime que la réduction des déficits sera un défi majeur pour ces pays. En particulier, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque mettront le plus de temps avant d'adopter l'euro, en raison de leurs déficits fiscaux importants (voir graphique). Les analystes de S & P ont identifié trois vagues d'entrée dans la zone euro: l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Slovénie en 2008, suivis par la Hongrie, Malte, Chypre et la Slovaquie en 2009, puis la Pologne et la République tchèque au plus tôt en 2010.

Quant aux ratings des dix pays, ils «ne s'amélioreront pas après le 1er mai: leur statut de membre de l'UE est déjà pris en compte dans les notations actuelles», a précisé mercredi Konrad Reuss, analyste chez S & P. En général, les dix pays ont montré une faible discipline fiscale, ce qui leur a valu un abaissement des notations de crédit depuis 2000. Selon l'analyste de S & P Beatriz Merino, l'accession à l'UE va entraîner un surplus de dépenses pour les nouveaux membres, notamment avec le cofinancement de projets liés à l'entrée dans l'UE, ce qui n'augure rien de bon pour leurs notations futures. Ces nouvelles dépenses interviennent au moment où la concurrence fiscale tend à tirer les impôts vers le bas dans l'UE élargie, et alors que les dépenses de ces dix pays sont déjà élevées en raison des restructurations et des réformes de la sécurité sociale pour affronter le vieillissement de la population. «Ce dernier problème est important d'un point de vue budgétaire, surtout en Hongrie, République tchèque et Pologne, selon Konrad Reuss, où le taux de dépendance de la population âgée augmentera par rapport à la population active, creusant le déficit à moyen terme.»

D'ici 2007, la Pologne et la République tchèque dépasseront encore la limite de déficit fixée à 3% du PIB par le Pacte de stabilité et de croissance. S & P prévoit que le déficit sera en moyenne de 4% du PIB en 2004 pour les dix pays.

Pour Konrad Reuss, «si rien n'est fait pour réformer les systèmes de prévoyance et l'âge de la retraite, d'ici 2035, les notes de crédit de ces pays pourraient se détériorer. En 2050, ils pourraient tous se retrouver dans la catégorie spéculative, avec des ratings BBB». Cela, souligne l'analyste, en cas d'inaction politique, un scénario improbable. Mais l'avertissement est donné.

Actuellement, la Pologne, la Slovaquie et la Lettonie ont les plus bas ratings parmi les dix pays, avec des notes BBB + pour les émetteurs en devises à long terme. C'est moins bon que le Botswana (A), le Chili (A) ou la Malaisie (A-).