Ils s’étaient rencontrés à un Start­up Weekend à Lausanne, en mars 2012. Aujourd’hui, Jérémy Grandjean, Charlie Graham-Brown et Benoît Luthy transforment leur projet en véritable société anonyme, basée à Genève, mais sans bureaux réels. Baptisée Cherry Checkout, la start-up propose un concours-loterie, associé à une bonne action, qui s’implémente sur les sites e-commerce.

Le principe? Celui de la cerise sur le gâteau. En ajoutant 1 ou 2 francs à son panier, en fonction du montant de son achat, le client participe à un tirage lui permettant de regagner en cash le prix de son produit ou service (une chance sur 250). En même temps, il participe à une action de bienfaisance. «Concrètement, aujourd’hui, 40 centimes de chaque franc supplémentaire sont reversés à une œuvre de charité, 40 centimes sont destinés au remboursement et 20 centimes servent à couvrir nos frais», explique Jérémy Grandjean.

Ce dernier estime qu’une transparence totale est nécessaire dans cette activité. Ainsi, les trois compères ont par exemple édité une charte qui définit des règles strictes pour les gains. «Si le premier gagnant ne répond pas à son e-mail et que nous ne pouvons pas lui restituer son gain, au terme d’un certain délai, c’est le deuxième de la liste qui en bénéficie», illustre le jeune homme.

Les questions juridiques, déjà soulevées par les coaches du Start­up Weekend, ont été longues à résoudre. Soit près d’un an et huit mois pour que le trio règle l’aspect du jeu-loterie, véritable nouveauté du concept, la concurrence sur les œuvres caritatives existant déjà. «Par exemple, nous ne pouvons pas obliger les gens à participer au concours, il faut que ce soit une démarche volontaire», illustre Jérémy Grandjean. Le directeur adjoint de la Commission des loteries et paris (Comlot) à Berne, Pascal Philipona, se montre plus précis: «Même s’il y a ici un élément d’adresse (une question basique), le principe du concours s’apparente à une opération de loterie classique et serait illégal. Mais le fait qu’il y ait une possibilité de participation gratuite (par courrier ici), communiquée clairement et offrant les mêmes chances de gains, fait que le jeu ne s’apparente plus à une opération de loterie. Ainsi, il échappe à notre surveillance.» A noter que la définition de la participation gratuite est issue de la jurisprudence définie par le Tribunal fédéral en la matière.

Maintenant que le concept est ficelé, Cherry Checkout se trouve face au défi commercial. Pour l’heure, seul le site Smood2you.ch, une jeune société genevoise qui propose des livraisons de repas, a déjà intégré le concept dans son site marchand, en collaborant avec l’œuvre de charité Action contre la faim. «Nous avons trouvé l’idée du jeu associé au caritatif géniale», commente Marc Aeschlimann, fondateur de ce service de livraison.

La société valaisanne qui vend Actidot (une boisson destinée aux lendemains de fête) intégrera ce service ces prochains jours. «Pour ces sites, l’intérêt est d’accroître leur visibilité grâce à une nouvelle approche communautaire. Nous devons maintenant convaincre un grand site marchand de tester notre concept, estiment les cofondateurs. Souvent, la réticence provient de la perte de conversion lorsque les gens veulent régler leur panier. Mais l’intérêt est là, car le concept est aussi fun.»

Toujours en mode apprentissage, la start-up étudie également d’autres modèles – certains sites e-commerce n’étant intéressés que par l’aspect du jeu. Après avoir décroché les deux premiers financements de l’initiative privée Venture Kick, elle est en lice pour obtenir le Graal des 100 000 francs le 27 novembre prochain. «Nous avons une chance sur deux d’obtenir le financement, poursuit Charlie Graham-Brown, ce qui nous permettrait ­notamment de développer notre module pour divers langages informatiques utilisés par les sites marchands.»

Les trois compères ont édicté une charte qui définit des règles strictes pour les gagnants