Innovation

Les start-up menacées par une attaque de clones

En Allemagne, des entrepreneurs sont spécialisés dans la copie de modèles à succès. En Suisse, on importe des recettes qui fonctionnent ailleurs en les adaptant

Les start-up sont menacées par une attaque de clones

Innovation En Allemagne, des entrepreneurs sont spécialisés dans la copie de modèles à succès

En Suisse, on importe des recettes qui fonctionnenten les adaptant

Gare à l’attaque des clones. En Allemagne ou aux Etats-Unis, des entrepreneurs se sont spécialisés dans la copie de modèles économiques éprouvés. Avec parfois à la clé plus de succès que le modèle original. Qui se souvient aujourd’hui que MySpace était parvenu à réunir 230 millions d’utilisateurs avant de se faire voler la vedette par Facebook?

A Berlin, les frères Samwer ont même érigé l’imitation en modèle économique grâce à leur «usine de clones» Rocket Internet. On leur doit des copies du site de vente aux enchères eBay – racheté ensuite par celui-ci pour 43 millions d’euros –, de Twitter ou de YouTube. Mais leur plus gros coup reste sans doute Zalando. Créée en 2008, la plateforme de vente en ligne descend directement du leader américain Zappos. Zalando, dont le chiffre d’affaires annuel atteint 2,2 milliards d’euros (près de 2,3 milliards de francs), est cotée à la bourse de Francfort depuis l’automne dernier.

Jordi Montserrat, codirecteur de Venture Kick, un programme de soutien aux start-up suisses, confirme que «la pratique a aussi cours dans nos contrées. DeinDeal est très clairement basé sur le modèle d’affaires de Groupon [le leader américain de la vente en ligne, ndlr]. Ils ne s’en sont à ma connaissance jamais cachés. Mais il ne faut pas non plus réduire les frères Samwer et les autres à de simples copieurs. Au final, c’est toujours l’application du modèle économique qui fait la différence.» HouseTrip, fondée en 2009, soit un an après AirBnb, est parvenue à trouver son marché malgré son puissant concurrent. Cette plateforme permettant à des particuliers de louer leur bien immobilier a été fondée par deux anciens étudiants de l’école hôtelière de Lausanne. Considérée comme une success story romande, la start-up a déménagé la plupart de ses activités à Londres et revendique aujourd’hui un catalogue de plus de 300 000 propriétés.

Autre exemple: le site Cashare, dont le siège se situe dans le canton de Zoug, qui propose aux individus de s’accorder mutuellement des crédits, a, lui, importé une formule qui marchait déjà aux Etats-Unis et en Angleterre avec Lending Club et Zopa. La plateforme de placement automatisée zurichoise True Wealth est inspirée d’une tendance qui a débuté aux Etats-Unis avec les sites Wealthfront et Betterment. «Je suis tombé sur leurs sites et me suis dit qu’il serait intéressant d’importer le modèle ici, explique le directeur Felix Niederer. Il s’agissait de la première plateforme de ce type en Suisse.»

La baisse des coûts de l’informatique et l’arrivée du cloud computing ont révolutionné le marché en facilitant, partout dans le monde, la création de start-up et donc de copies. Au risque de menacer l’innovation? Jordi Montserrat n’y croit pas. Il rappelle que le secteur de l’informatique est entièrement basé sur l’évolution constante. «Je pense que le phénomène des trolls de brevets pose des questions bien plus sérieuses. Même s’ils sont légitimes dans certains domaines, ils peuvent parfois être de véritables freins à l’innovation. Les brevets sur des modèles commerciaux ou certaines fonctions logicielles comme aux Etats-Unis posent de vrais problèmes. Même des sociétés comme Google s’engagent pour contrer le phénomène.»

La copie de modèles économiques semble, en outre, être moins institutionnalisée que dans d’autres pays. Il n’y a en effet pas d’équivalent de Rocket Internet en Suisse. Pour Alexandre Peyraud, spécialiste des relations entre investisseurs et start-up, cela tient aux spécificités du marché suisse: «Les coûts sont tellement élevés qu’il faudrait dépenser énormément d’argent pour se distancier de produits trop similaires. Et puis, les Suisses ne sont pas de bons vendeurs. On pense qu’on peut lancer un produit qui se vendra ensuite tout seul. Mais il est malheureusement plus facile de vendre un produit nul avec un bon marketing que l’inverse.»

Le fondateur d’aleCent, une entreprise spécialisée dans l’accompagnement financier des start-up, estime que les Suisses cherchent plutôt à faire autre chose qu’à faire autrement: «Ce n’est pas tellement dans l’esprit helvétique de copier. La Suisse est un pays d’ingénieurs où tout le monde cherche à lancer le produit ultime. Quand elles présentent leurs projets dans des concours ou aux investisseurs, les start-up sont tout de suite confrontées à la question: qu’est-ce qui est nouveau?»

Cette obsession pour la nouveauté ne doit pourtant pas cacher la forêt. Toutes les start-up suisses n’arrivent pas sur le marché avec des produits ou des services révolutionnaires. Jordi Montserrat rappelle: «La plupart des innovations sont incrémentales. Elles se basent sur quelque chose qui existe déjà. Comme Facebook a pu s’inspirer de MySpace. Ce n’est qu’après quelques années que l’on peut estimer l’impact sur le marché. L’idée de l’innovation de rupture, c’est souvent une lecture a posteriori.»

«La Suisse est un pays d’ingénieurs où tout le monde cherche à lancer le produit qui se vendra tout seul»

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