physique

Start-up non grata sur le site de l’EPFL

Soutenue par Daniel Borel, LENR Cars se lance dans la fusion froide, un domaine de controverse qui vise un idéal énergétique

La fusion froide reste depuis une vingtaine d’années un sujet de controverse. Dès lors, quand la start-up LENR Cars, basée au Parc scientifique d’Ecublens - à quelques pas du Daniel Borel Innovation Center - a annoncé qu’elle effectuait des recherches dans le domaine, l’EPFL n’a pas caché son embarras. «C’est dommage qu’il soit possible d’établir une start-up au PSE sans que la technologie ne soit issue de nos laboratoires, mentionne Ambrogio Fasoli, professeur de physique à l’EPFL et directeur du Centre de recherches en physique des plasmas. Rien n’a jamais été démontré en matière de fusion froide. Je n’y crois pas du tout.»

Chaleur et électricité

Ingénieur microtechnique qui a travaillé pour différentes start-up ainsi que chez Nestlé et Logitech, Nicolas Chauvin, fondateur de LENR Cars, voue, pour sa part, une véritable passion pour la fusion froide qui fait miroiter un idéal énergétique.

«Aujourd’hui, la voie la plus prometteuse semble être l’utilisation de poudre de nickel combinée avec des sels et de l’hydrogène. Portée à haute température grâce à des décharges électriques, elle permettra de produire 10 000 watts de chaleur pendant six mois avec une quantité de combustible équivalente à une simple capsule à café. Dans un avenir proche, nous pourrons fournir chaleur et électricité pour une maison pendant une année avec seulement 1 litre d’eau et 10 grammes de nickel, ce qui correspond à plus de 200 000 fois ce que pourrait produire une pile à combustible, dans les mêmes conditions, note Nicolas Chauvin. Nous ne travaillons plus avec du palladium, comme l’ont fait les initiateurs de cette technologie tant décriée. Dans notre réacteur de démonstration, nous obtenons maintenant une réaction stable et contrôlée.»

Pour rappel des faits, Martin Fleischmann et Stanley Pons ont décrit une expérience de fusion froide en 1989. Ils voulaient réaliser des réactions nucléaires à basse température en faisant passer du courant électrique dans une cellule électrochimique. Difficilement reproductible, cette expérience a déclenché une polémique mondiale sur la vérification effectuée par les comités de lecture. Pons et Fleischmann furent traités de mauvais expérimentateurs, et même de fraudeurs.

LENR Cars est soutenue par le cofondateur de Logitech, Daniel Borel: «Nicolas Chauvin est un ingénieur brillant et passionné. Il veut démontrer l’indémontrable. En quelque sorte, il me rappelle mon histoire personnelle.»

LENR Cars travaille sur deux prototypes. «Nos propres démonstrateurs n’ont pas encore une performance suffisante pour pouvoir produire de l’électricité, concède Nicolas Chauvin. Une première application de cogénération sera réalisée courant 2013. A long terme, nous espérons aussi adapter notre technologie sur une voiture électrique pour qu’elle puisse parcourir 150 000 kilomètres avec un seul plein de carburant.»

Rêve ou réalité? «Ce n’est pas à nous de démontrer que la fusion froide n’est pas réaliste. A eux de nous prouver le contraire», note Ambrogio Fasoli.

Pour Daniel Borel, actionnaire minoritaire de LENR Cars, ce qui compte, c’est d’aller «jusqu’au bout de ses rêves».

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