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Des start-up partent à la conquête de la gestion de fortune

Après le négoce de titres en ligne et les paiements mobiles, des jeunes pousses proposent de gérer de manière automatisée les avoirs de leurs clients. En Suisse aussi, des sociétés se lancent dans l’aventure, comme True Wealth

Des start-up visent la gestion de fortune

Innovation Après le négoce de titres en ligne et les paiements mobiles, des jeunes pousses proposent de gérer de manière automatisée les avoirs de leurs clients

En Suisse aussi, des sociétés se lancent dans l’aventure, comme True Wealth

Jusqu’ici, Internet n’a pas transformé de fond en comble le secteur de la finance. Il n’a subi aucun bouleversement comparable à celui survenu dans des branches comme celles des voyages, de l’hébergement ou de la musique.

Mais de nouveaux modèles d’affaires changent peu à peu la donne. Les projets issus de la «fintech», contraction entre finance et technologie, ont quitté le terrain expérimental pour concurrencer les banques dans certains segments. La société américaine Lending Club, leader des prêts entre particuliers via la Toile, a connu un début fulgurant lors de son entrée en bourse à New York en décembre. La start-up allemande Lendico propose une offre similaire dans cinq pays européens.

Le champ d’activités investi par des sociétés extérieures à la branche s’étend constamment. Après le négoce de titres, les services de paiements par Internet, les prêts de gré à gré et le financement participatif, des start-up partent à la conquête de la gestion de fortune.

Plusieurs sites proposent des solutions complètes de gestion des portefeuilles, paramétrées en fonction des profils de risque des clients. Aux Etats-Unis, Wealthfront, Betterment ou Personal Capital, toutes issues de la côte Ouest plutôt que de Wall Street, en font partie. Outre-Manche, Nutmeg propose une offre similaire. Ces plateformes permettent aux clients d’avoir accès, même avec des montants modestes, à une allocation d’actifs diversifiée établie selon leur profil de risque, le tout à des coûts très bas.

La Suisse ne reste pas à l’écart de ce mouvement. Depuis novembre, la start-up zurichoise True Wealth propose une solution permettant de gérer un portefeuille de manière automatisée, correspondant au profil de risque du client et réajusté si nécessaire en fonction de l’évolution des marchés. Le projet est né de l’initiative de deux entrepreneurs non issus de la finance: Felix Niederer, physicien de formation et auparavant spécialiste de la gestion des risques auprès d’un réassureur, et Oliver Herren, cofondateur de Digitec.

Après avoir rempli un questionnaire en ligne, qui tient compte de la tolérance au risque du client et de sa situation financière, l’utilisateur peut d’abord tester de manière virtuelle un portefeuille. L’allocation d’actifs, comprenant typiquement des obligations, des actions, des matières premières, de l’immobilier et du cash, peut être ajustée selon ses préférences, tant qu’il respecte ses limites de risque. Parmi les actions, il peut exclure les titres européens ou américains. La société investit via des produits indiciels (ETF) les plus liquides, afin de limiter les coûts au plus bas. Les frais de gestion atteignent 0,5% du montant placé, avec un minimum de 25 francs par trimestre. Les coûts de transactions pour créer et rééquilibrer le portefeuille sont inclus dans ces frais. S’y ajoutent des frais liés aux produits peu élevés. La somme minimale requise est de 8500 francs. Quand l’origine des fonds a été vérifiée, les avoirs sont déposés auprès de Saxo Bank.

Rencontré en début d’année, Felix Niederer se montre satisfait du coup d’envoi du projet, démarré sans aucune publicité. Le site compte 1500 profils d’utilisateurs enregistrés et près de 100 clients qui ont investi de l’argent. «Notre offre s’adresse à des clients qui ont une certaine affinité avec la technologie et qui sont orientés à long terme, soit trois ans au moins. Beaucoup de ces clients travaillent eux-mêmes dans la finance», relève-t-il. «De par l’orientation à long terme de notre offre, nous limitons le nombre de transactions, ce qui réduit les frais. Il y a ainsi un alignement des intérêts entre True Wealth et ses clients», juge-t-il. Craint-il la concurrence des autres start-up aussi actives dans ce domaine? «Nous ne nous sommes pas posé cette question. Nous avons lancé notre projet dès que cela a été possible», relate le cofondateur de True Wealth. Il espère gagner des parts de marché auprès du quart des clients qui n’ont jamais de contact avec des conseillers à la clientèle.

Preuve du dynamisme de ce secteur: MoneyVane, basée à Zurich, s’apprête aussi à lancer un service d’investissement en ligne.

Avant l’arrivée de ces sociétés, Swissquote s’était essayée sur ce terrain avec son offre «ePrivate Banking» lancée en 2010. Elle a franchi le cap des mille utilisateurs à la mi-2014. Cette solution propose aux clients un portefeuille défini selon leurs préférences en matière d’allocation. Ceux-ci peuvent modifier sa composition en incluant ou excluant des titres.

Sans aller aussi loin dans l’automatisation de la gestion des avoirs, la banque en ligne genevoise Strateo, filiale du groupe belge Keytrade Bank, a élaboré une application appelée Global Analyzer couvrant les actions des 18 principaux marchés d’actions mondiaux. Cet outil d’analyse inclut des aspects portant à la fois sur la valorisation de l’action, la qualité fondamentale de la société et ses perspectives. Ces données sont ensuite réunies dans une analyse globale. «Notre approche consiste à offrir le plus large choix d’informations aidant à la prise de décision. Mais le client reste responsable de ses décisions», nuance Karim Yakhloufi, responsable des relations avec les clients chez Strateo.

Du côté des banques, la possibilité que des groupes technologiques tels que Google ou Apple investissent massivement dans les services financiers est suivie de près. Parmi les 120 établissements helvétiques sondés en novembre par Ernst & Young, 44% (32% en 2013) ont déclaré se sentir de plus en plus menacées par la concurrence de prestataires extérieurs au secteur, selon le dernier «baromètre bancaire EY 2015». Expert du secteur bancaire chez Ernst & Young, Olaf Toepfer privilégie le scénario de l’arrivée de nombreux concurrents qui grignoteront des parts de marché, plutôt que celui d’un seul acteur raflant tout. «De multiples initiatives apparaissent dans le secteur financier. Au total, ce sont ces milliers de petites piqûres qui finiront par avoir un important impact sur la branche», illustre-t-il.

L’investisseur a accès, même à partir de montants modestes, à une allocation d’actifs largement diversifiée

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