Technologie

Comment les start-up se basent sur les géodonnées

Initiative récente, le Géofab soutient les jeunes entreprises innovantes en leur donnant accès aux données géographiques numériques du Grand Genève. Illustration avec quatre start-up qui ont été distinguées

Lancé en avril 2017, le Géofab vise à aider les entrepreneurs établis de part et d’autre de la frontière, et parfois au-delà, à créer de nouveaux services numériques grâce aux géodonnées du Grand Genève. Ces géodonnées sont accessibles sur le site du Système d’information du territoire de Genève (SITG). Elles sont au nombre de 750.

Les thèmes les plus consultés sont ceux relatifs à l’aménagement du territoire (plans localisés de quartier, autorisation de construire…), à la mobilité (trafic en temps réel), à la visualisation des données énergétiques (thermographie infrarouge), aux données patrimoniales (plans historiques), aux données sur la nature et le patrimoine vert, sur les professionnels de la santé, sur le cadastre solaire, etc. Un premier appel à projets a récompensé le 14 septembre quatre start-up qui seront soutenues sous forme de journée d’expertises offertes. Le jury était composé de personnalités franco-suisses issues du monde politique, universitaire et entrepreneurial.

Connaître instantanément l'origine d'un produit

Premier lauréat, Christian Dumont dirige depuis 2014 à Annecy TagMyFood, société qui offre un dispositif permettant au consommateur de connaître instantanément l’origine d’un produit agroalimentaire et d’agir en orientant ses choix. «Il repose sur une chaîne de professionnels qui ont tous décidé de communiquer sur les facteurs qui forgent les particularités de leurs produits», relève Christian Dumont.

Originaire de Bonneville, cet épicurien de 49 ans a longtemps travaillé dans un cabinet conseil en développement d’entreprise à Genève. Sensible à l’approche suisse de la consommation «qui réduit les intermédiaires», il a pris attache avec Migros et Coop pour développer notamment une version multilingue de son application. «Avoir accès de manière générale aux géodonnées du Grand Genève va nous aider. Aller au-devant de producteurs suisses paraît plus pertinent que contacter la Bretagne et le marché de Genève nous semble plus attractif que celui de Rungis», observe-t-il.

Vingt jours d’expertise

TagMyFood a gagné le droit de bénéficier de vingt jours d’expertise offerts par le Géofab et ce sont des spécialistes en recherche de fonds que la start-up a choisi de rencontrer. TagMyFood fonde sa stratégie sur le fait que les gens consomment souvent les mêmes produits (viandes, poissons, fruits, etc.) mais que les conduites alimentaires peuvent changer dès lors que l’on se trouve ailleurs que chez soi (restaurants, amis, familles).

Christian Dumont explique: «Avec son smartphone on va sur la page du restaurateur et la liste des plats et des ingrédients est consultable, que ce soit une volaille, un poisson, de la tomate ou des fruits. Le consommateur est informé sur le produit, il peut retrouver l’éleveur d’une telle volaille, l’environnement, le soin accordé à l’abattage, la maturation de la carcasse… Il peut surtout trouver le professionnel le plus proche qui vend cet aliment.»

Une app, plusieurs moyens de déplacements

Le Genevois Motoo Tanaka à la tête de la start-up Mobility Tipster née lors du Smart City Hack 2017 développe de son côté un projet de plateforme informatique permettant de rechercher, choisir et réserver des moyens de déplacements privés (type shuttle) à partir d’une seule application. «Projet, souligne-t-il d’emblée, pas aussi abouti que les autres présentés devant le jury du Géofab, mais qui trouve toute sa place dans le paysage franco-valdo-genevois.»

L’interlocuteur privilégié de Mobility Tipster est de type PME, «nous ne voulons surtout pas marcher sur les pas d’Uber» précise Motoo Tanaka, en proposant un itinéraire multimodal. «Exemple: une personne arrive à l’aéroport de Genève à 15h, elle doit être à Evian à 17h30, notre application lui fournit le trajet via le taxi, le bateau privé et même un service de chauffeurs».

Le jury du Géofab a été sensible au projet puisque cinq jours d’expertise ont été offerts à la start-up. Motoo Tanaka a choisi d’étudier au plus près la cartographie «qui est essentielle à notre activité». «Nous aurons accès au trafic réel des TPG qui est en open data de même qu’à celui des CFF et des transports nyonnais», se félicite-t-il. La start-up envisage de développer des partenariats avec les stations de ski et leurs sociétés de transports.

Drone flottant

Bathymetrie Drone est une start-up annécienne spécialisée en cartographie subaquatique des zones peu profondes. Un drone d’un mètre de long qui au lieu de se déplacer dans les airs vogue sur les eaux. «C’est une sorte de mini-catamaran piloté à distance depuis la berge», explique Annaud Stephan, le concepteur. Son projet conçu sur le mode low cost est né sur le Léman il y a six mois. Equipé d’une technologie de navigation autonome couplée à des capteurs scientifiques de haute précision, le bateau drone satisfait des besoins peu couverts par les techniques courantes.

«On peut réaliser de la bathymétrie sous l’eau, mesurer la profondeur, différencier la vase des fonds durs et le drone est équipé d’un appareil photo qui reconstitue en 3D les fonds», résume-t-il. Prestations: l’étude de l’environnement, les aménagements sous l’eau, les chantiers subaquatiques, la surveillance portuaire, la cartographie sous-marine, la topographie des berges. Bathymétrie Drone, lauréat du deuxième prix Géofab, a gagné douze jours d’expertise. La start-up a ciblé ses besoins: améliorer la connexion du drone et son design. «Il a été conçu avec des tuyaux basiques en PVC, nous souhaitons l’équiper d’une vraie coque», indique Arnaud Stephan.

Itinéraires alpinistes

Enfin, la société Whympr de Tim MacLean à Chamonix localise et filtre plus de 30 000 sommets et descriptions détaillées d’itinéraires alpinistes, d’escalades, de trek et de ski de randonnée. «J’ai posé ma candidature car dans le contexte alpestre, l’échange de données franco-suisses est primordial pour trouver de nouvelles voies et pistes. Si la topographie et le bouche-à-oreille demeurent de bonnes méthodes, ils datent cependant de cent ans. L’idée est de partager les géodonnées avec la communauté et les réseaux», commente Tim MacLean.


Giovanna di Marzo: «Le but est de favoriser l’accès aux données numériques»

Responsable du Géofab côté suisse, Giovanna di Marzo explique la démarche

Professeure à l’Université de Genève depuis 2010, Giovanna Di Marzo Serugendo est la Directrice de l’Institut de Sciences de Service Informationnel (ISS) et la Directrice du Centre Universitaire d’Informatique de l’UNIGE. Elle a un Master en Mathématiques et en Informatique ainsi qu’un doctorat de l’EPFL, en Génie logiciel. Elle est la responsable du Géofab côté suisse.

Le Temps: Comment est né le Géofab?

Giovanna Di Marzo Serugendo: L’idée est venue du SITG, le système d’information du territoire à Genève qui réunit un réseau de partenaires publics qui centralisent et diffusent les données géographiques relatives au territoire genevois. Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de données en open data avaient une réelle valeur mais peinaient à être utilisées à une grande échelle. Le public se tourne davantage par exemple vers Google Map.

Nous avons donc lancé en avril dernier l’accélérateur de projet interreg franco-suisse Géofab du Grand Genève avec l’UNIGE, le canton et le Syndicat mixte du Genevois français. Il veut favoriser sur ce territoire l’accès aux données numériques auprès des entreprises et développer ce marché numérique à une échelle transfrontalière. Nous avons pris modèle sur l’IGN, l’Institut géographique national français. Le SITG et l’IGN se sont rapprochés pour mettre à disposition du public les données franco-suisses afin de les booster. L’idée est de les faire connaître et utiliser par des start-up.

– D’où l’idée d’un appel à candidatures auprès de start-up?

– Par le biais de quatre appels à projet qui s’étalent sur deux ans, Géolab va accompagner des projets suisses et français qui n’émanent pas seulement de la région mais qui peuvent éprouver le besoin de s’y implanter. Pour le premier appel, 70 dossiers de candidature ont été téléchargés et le jury a sélectionné neuf porteurs de projet puis cinq ont été auditionnés et retenus. Les candidatures pouvaient aussi bien couvrir le domaine des loisirs que la mobilité, le tourisme, la santé, l’agriculture l’urbanisme…

– Les lauréats vont bénéficier de quels types d’aide?

– Pas de soutien financier direct mais le Géofab va offrir un accès gracieux aux données numériques géographiques franco-suisses ainsi que des journées d’expertises financées par Géofab. Le premier prix gagne 20 jours d’expertise, le deuxième 12 et le troisième 5. Les start-up distinguées vont choisir les experts selon leurs besoins spécifiques qui vont du traitement de données à la recherche de fonds en passant par une meilleure communication.

– Un second appel à projets est-il déjà lancé?

– Il a eu lieu le 14 septembre dans le cadre de la journée Smart City Day. Contrairement au premier il est ciblé puisqu’il s’articule autour de la transition écologique et du développement durable. La thématique est vaste mais essentielle, au cœur des enjeux de demain. Le dépôt des dossiers en ligne doit se faire avant le 19 novembre 2017.

 

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