Les start-up suisses devraient lever cette année entre 2,3 et 3 milliards de francs, soit plus qu’en 2019, dernière année record où les tours de table avaient ramené 2,3 milliards. Ces estimations émanent de Stefan Kyora, coauteur du Swiss Venture Capital Report. Il constate cependant que la Suisse progresse moins rapidement que des pays comme la Suède ou Israël. «Les jeunes entreprises sont bien financées à leur départ, mais manquent de soutien pour les grands tours de table, lorsqu’elles se trouvent en phase de forte croissance», estime ce dernier. 

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Les flux financiers vont souvent vers l’étranger grâce au bon positionnement de la place financière helvétique dans l’économie globale, mais la Suisse montre encore trop de frilosité pour les start-up sur son marché national, déplore l’expert.

«L’écosystème des start-up en Suisse est très diversifié»

La foodtech, la medtech, la biotech mais aussi la cleantech ou encore le secteur de la robotique et des drones sont des domaines où les start-up suisses percent, note Dominique Gruhl-Bégin, responsable des start-up chez Innosuisse, l’agence suisse pour l’encouragement de l’innovation. Et d’ajouter, «il est important de relever que l’écosystème des start-up en Suisse est très diversifié comme l’ensemble de l’économie».

Elle précise «qu’il y a des tendances et des technologies qui offrent d’énormes opportunités pour les start-up: la numérisation dans tous les secteurs, la durabilité, l’intelligence artificielle tout comme la deeptech», ces start-up qui proposent des produits ou des services sur la base d’innovations de rupture.

Cette année, Nexthink, une deuxième start-up EPFL, est rentrée dans la famille des licornes – ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars et non cotées en Bourse – révèle André Catana, responsable de l’unité Start-up de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Nexthink, qui aide les équipes informatiques à délivrer un environnement de travail numérique qui tient ses promesses, rejoint Mindmaze, première licorne suisse (2016) issue de l’EPFL, une plateforme d’outils numériques destinés aux thérapies neurologiques.

Côté alémanique, il y plusieurs exemples de licornes. Stefan Kyora cite notamment Scandit, émanation de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). La société fournit des solutions logicielles mobiles de vision par ordinateur et de réalité augmentée.

Jamais autant d’entrées en Bourse

Au niveau des entrées en Bourse, 2021 sera une cuvée exceptionnelle pour l’EPFL avec déjà trois cotations, du jamais vu, se félicite André Catana: Onward Medical (thérapies lors de lésions de la moelle épinière) a récolté 93 millions de francs, Sophia Genetics (analyses génomiques et radiomiques pour les hôpitaux) 212 millions et Astrocast 41 millions, sur le marché niche de l’espace, à haute valeur ajoutée. Elles se sont fait coter respectivement en Belgique, aux États-Unis et en Norvège.

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«Les start-up helvétiques ne doivent pas toutes nécessairement débuter avec la Suisse comme premier marché. Certaines d’entre elles, basées en Suisse, vont en premier lieu commercialiser leur offre à l’étranger, dans un marché sélectionné pour diverses raisons, que ce soit pour répondre à un besoin particulier des clients, pour intégrer une chaîne de valeur ou autre raison stratégique», commente la spécialiste d’Innosuisse.

Quant au débat sur la source de financement, il dépend essentiellement de la phase de développement de la jeune entreprise, qui ne peut pas rester trop longtemps financée par du capital-risque: «au bout de 6 à 8 ans les investisseurs veulent réaliser leurs retours sur l’investissement», remarque André Catana. Pour croître, une jeune entreprise a besoin d’un coup d’accélérateur financier, ce qui peut nécessiter une introduction bourse.