Economie

Des start-up suisses tentent de percer en Chine

Les responsables de dix jeunes pousses romandes et alémaniques ont voyagé de Pékin à Hongkong pour rencontrer investisseurs et clients potentiels, grâce à un programme organisé par venturelab et Swissnex

Leur documentation a été traduite en mandarin et leur «pitch», une brève présentation de leur entreprise, est désormais bien rodé. Si la fatigue se lit sur leur visage, marqué par dix jours à sillonner la Chine, elle s’efface dès qu’il s’agit d’évoquer le potentiel de ce marché. Ces dix patrons, et patronnes, de start-up suisses achevaient la semaine passée à Hongkong une tournée chinoise organisée par venturelab, avec l’aide de Swissnex et de l’ambassade de Suisse à Pékin.

«Je n’étais jamais venu en Chine», avoue Staffan Ahlgren, directeur et cofondateur de Tyre Recycling Solutions (TRS). Installée à Tolochenaz, sa start-up de 11 personnes a développé un système pour recycler les pneus usés. «On estime que l’Europe en génère 350 millions chaque année, les Etats-Unis 250 millions, la Chine… près de 1 milliard», lance cet ancien banquier qui souhaite lutter contre la pollution créée par le stockage de ces pneus ou les émissions toxiques lorsqu’ils sont brûlés. «Nous parvenons à les transformer en une poudre réutilisable et dont le coût est deux fois inférieur au polyuréthane qu’elle peut remplacer», raconte-t-il.

Depuis sa création en 2013, TRS a levé 7 millions de francs. Un nouveau tour de financement, de 6 millions, sera bouclé d’ici la fin de l’année. Pendant la tournée de venturelab, «j’ai pu rencontrer entre 50 et 60 personnes, dont 20 pourraient être de futurs investisseurs, s’enthousiasme Staffan Ahlgren. A Pékin, j’ai aussi pu discuter avec la responsable gouvernementale de la question du recyclage des pneus.»

Serguei Okhonin, de ActLight, est également en quête de partenaires industriels. La technologie mise au point par sa société, basée à l’EPFL, permet notamment d’améliorer l’autofocus des appareils photo des téléphones. «Aujourd’hui, Apple et Samsung dominent le marché mondial des téléphones, mais demain les Chinois seront numéro 1, anticipe-t-il. Ils cherchent de plus en plus à innover, et pourraient dont être intéressés par notre technologie.» Problème: avec les grands constructeurs comme Huawei, «j’ai besoin de rencontrer les personnes qui prennent les décisions, et qui sont donc élevées dans la hiérarchie. Seul, ce serait très dur, mais avec l’appui de l’ambassade suisse ici, ce fut possible.»

Luc Gervais lui aussi rêve de Chine, mais dans le domaine des techniques médicales (medtech). Sa société 1Drop Diagnostics, qui compte 7 collaborateurs, a mis au point un appareil capable d’analyser une goutte de sang en quelques instants. L’entrepreneur connaît le pays et parle le mandarin qu’il a étudié à Taïwan. Mais il participe au voyage afin de «trouver du financement» et de préparer «l’accès au marché chinois de la santé. Il n’est pas encore aussi grand que celui des Etats-Unis, mais il s’en rapproche vite.» Luc Gervais vient en Chine «pour la troisième fois cette année. Nous y avons plusieurs investisseurs avec lesquels les discussions sont avancées.»

Le voyage a aussi permis au Neuchâtelois d’adoption de réfléchir à son approche. «On dit qu’il est compliqué de s’implanter en Chine sans monter une coentreprise avec un partenaire chinois. Cependant, nous avons rencontré les représentants de [la medtech bernoise] Ypsomed, qui nous ont expliqué avoir très bien réussi sans. En outre, ils profitent de l’accord de libre-échange qui va réduire les taxes» qui frappent les produits faits en Suisse exportés sur le marché chinois.

Les groupes internationaux installés en Chine représentent une autre cible jugée intéressante. C’est auprès d’eux que Veronica Savu a noué «les meilleurs contacts». Sa société, Morphotonix, développe un système qui protège les produits des contrefaçons. Or la Chine est réputée pour sa culture de la copie. «Les marques globales ont été très réceptives. Elles souhaitent protéger l’authenticité de leurs produits fabriqués et vendus en Chine», indique Veronica Savu. D’autant que «notre solution ne renchérit pas la production, ajoute-t-elle. Cet aspect intéresse beaucoup car en Chine les coûts sont sous pression.»

Au-delà des contacts, la conclusion des contrats reste toutefois longue, comme en témoigne TRS. «Voilà une année que nous sommes en discussion avec un grand groupe industriel chinois. Ils sont venus à Tolochenaz, je les ai vus ici. Mais rien n’a encore été signé», avertit Staffan Ahlgren.


Medtech et Cleantech ont le plus de potentiel

Pour son troisième voyage en Chine, venturelab a reçu 70 candidatures. Seuls dix ont été retenues, dont quatre de Suisse romande. Directeur du programme d’aide aux start-up, Jordi Montserrat a privilégié celles au plus fort potentiel. Il souhaite faire de ce séjour «une sorte de concours pour montrer le meilleur de la Suisse». Un programme similaire est organisé aux Etats-Unis depuis de plus de 10 ans.

Comme l’an dernier, les start-up actives dans la medtech et les cleantech sont les plus nombreuses à avoir participé à une tournée passée par Pékin, Shanghai, Shenzhen et Hongkong. «Dans ces domaines la Suisse peut faire la différence en Chine, se réjouit Jordi Montserrat. C’est en revanche beaucoup plus difficile dans la fintech et tout ce qui est software (logiciel) où les Chinois sont déjà très forts.»

Jordi Montserrat assure un «certain équilibre géographique» dans la sélection des start-up, explique-t-il. L’opération a reçu le soutien de plusieurs sponsors, dont les Ecoles polytechniques fédérales, les cantons de Vaud et Zurich ou encore la fondation Gebert Rüf.

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