Innovation

Les start-up de Tel Aviv intriguent des jeunes pousses romandes

Le Festival DLD a permis à des représentants de l’économie de l’Arc lémanique d’établir des contacts avec l’industrie israélienne

Le Festival DLD, qui s’est tenu à Tel Aviv les 27 et 28 septembre dans l’ancienne gare historique de Hatachana, a permis à plusieurs délégations étrangères de se familiariser et d’établir des contacts avec l’industrie israélienne de haute technologie. Google, Intel, Amazon ou Microsoft étaient présents. Plusieurs pays avaient leurs stands pour présenter leur savoir-faire. Un chapiteau était dédié à la Chine, nouvel eldorado des start-up israéliennes.

Côté suisse, pas de stand, mais une délégation, constituée de représentants de l’économie romande ainsi que de jeunes entrepreneurs, invités par la fondation Nomads. Ces start-up helvétiques ont pu rencontrer différents acteurs de la «Silicon Wadi», des experts de l’innovation mais aussi des start-up. Le pays donnerait naissance à environ 700 jeunes pousses chaque année alors que le pays ne compte que 8 millions d’habitants.

Ces start-up israéliennes rêvent toutes de suivre le même chemin que Wix, par exemple, une plateforme en ligne, née à Tel Aviv, qui permet de créer gratuitement et en quelques clics des sites internet. Ou de suivre les traces de Waze, une application mobile de navigation GPS – rachetée par Google – qui a la particularité de s’appuyer sur une cartographie élaborée par ses propres utilisateurs. L’entreprise de publicité en ligne Taboola, la plateforme de découverte de contenu Outbrain, la start-up SalesPredict reprise par Ebay ou le système anti-collision de Mobileye font aussi partie des success story du pays. «Les créateurs de start-up sont devenus de véritables rockstars», a noté, devant la presse, Avi Hasson, l’expert scientifique en chef du ministère de l’Economie et des Finances israéliens.

Facilité de contact

«Le pays est jeune. Tout va très vite. Et comme l’a dit le maire de Tel Aviv, quand on n’a pas de ressources naturelles, il faut des neurones», explique Daniel Elkabetz, le directeur commercial de BreezoMeter, une start-up créée il y a seulement un an et demi par trois diplômés du Technion, l’institut technologique israélien de Haïfa. Cette jeune pousse a développé une application qui revendique déjà 50 millions d’utilisateurs répartis dans 28 pays. «En Israël, les start-up se tournent dès leur création vers le marché extérieur», précise Daniel Elkabetz qui a été reçu à deux reprises à la Maison-Blanche pour avoir fait partie des six finalistes d’un concours d’innovation organisé par la Commission économique pour l’Europe des Nations unis. BreezoMeter a développé une plateforme qui repose sur les données récoltées par les stations de surveillance et des capteurs qui mesurent la qualité de l’air. Puis, l’algorithme de la start-up intègre des données liées au trafic routier, à la couche d’ozone, à la direction du vent ou même à la topographie des immeubles et fournit des alarmes en temps réel du niveau de pollution. «Ce qui peut être très utile aux personnes asthmatiques, par exemple. Mais aussi aux enfants ou aux femmes enceintes», souligne Daniel Elkabetz. La start-up a déjà convaincu plusieurs industriels. Un accord a été signé en octobre 2015 avec Cisco. Elle vient aussi de concrétiser un partenariat avec le fabricant d’électroménager britannique Dyson, pour sa gamme de purificateurs d’air.

«En Israël, c’est très facile d’entrer en contact avec des responsables des géants du secteur comme Intel, Google ou Amazon. Ils possèdent dans le pays tous des centres de recherche et de développement», constate Asaf Shaltiel, directeur et fondateur de SmartTap, une start-up qui a développé un système permettant de créer des douches «intelligentes» réduisant les dépenses en énergie, grâce à un contrôle précis des flux et de la température de l’eau.

«Les gens sont formatés à l’innovation»

Sensibilisé par les difficultés de son père à utiliser un téléphone portable, Messika Haim a lancé, pour sa part, la start-up Easy To Connect qui commercialise des smartphones destinés aux personnes âgées. Leur particularité tient à la page d’accueil qui s’adapte non seulement à la vision des seniors mais aussi à leur toucher. «En Israël, on accède très rapidement aux bonnes personnes. Tout va très vite. La situation géopolitique du pays fait qu’il faut toujours s’adapter. Les gens sont formatés à l’innovation» analyse Messika Haim. «Et L’échec est bien accepté dans la société», ajoute pour sa part Gaston Rendelstein qui a fondé HopIt, une plateforme qui permettra, dès janvier, de faciliter des recherches sur le web.

«Quel est le secret d’Israël? L’aide du gouvernement, les universités ou l’armée israélienne n’expliquent pas tout. Le secret, c’est que tout le monde se sert les coudes», explique, pour sa part, Yossi Vardi, 73 ans, organisateur du salon DLD et figure emblématique de la «Start-up nation» puisqu’il a fondé 86 sociétés de haute technologie. Parmi elles, des entreprises comme Mirabilis, la start-up qui a mis au point le premier système de messagerie instantanée sur Internet, racheté par AOL pour 400 millions de dollars.


«Je veux encourager les femmes à rejoindre le high-tech»

Avi Hasson, l’expert scientifique en chef du ministère de l’Economie et des Finances israéliens est au cœur de la stratégie d’innovation israélienne. Sa mission consiste à stimuler l’innovation dans tous les secteurs de l’économie. Interview

Le Temps: La Suisse est un petit pays comme Israël mais n’est pas aussi productive en matière de start-up. Connaissez-vous la Suisse? Quels conseils pourriez-vous donner en matière d’innovation?

Avi Hasson: La Suisse n’a pas de conseils à recevoir. C’est un pays qui possède un écosystème exemplaire. J’ai pu me rendre dans votre pays à plusieurs occasions et rencontrer des leaders de l’industrie mais aussi des politiciens. J’ai constaté que nos écosystèmes étaient complètement différents. En Israël, tout le monde se connaît, il y a beaucoup d’interactions entre les différents acteurs de l’économie. Et, les ministres israéliens, quelle que soit leur orientation politique, ont toujours soutenu la recherche et le développement. Par exemple, mon poste ne sera pas remis en cause quels que soient les changements au niveau du gouvernement. Cela donne une stabilité à l’écosystème existant.

– Vous dites vouloir encourager les femmes à rejoindre le secteur de la haute technologie. Cela fait partie de vos missions?

– En Israël, le secteur high-tech pèse plus de 50% de nos exportations mais moins de 10% de la population y est active. Les femmes notamment sont trop peu représentées. Il va manquer des milliers d’ingénieurs dans les années à venir. L’un de mes objectifs est d’encourager les femmes à rejoindre ce secteur. Trop souvent, vers 27, 28 ans, au moment où se pose la question de faire le choix entre une carrière et une vie de famille, elles disparaissent du secteur du high-tech. C’est quelque chose que l’on ne peut pas accepter. Les minorités arabes et ultraorthodoxes sont également sous représentées dans la technologie. Il faut améliorer leur intégration. Nous devons donner des préférences à l’embauche à ceux qui viennent de ces communautés. Et nous devons également faciliter l’arrivée de nouveaux immigrants.

– Les start-up israéliennes se font souvent racheter, une fois qu’elles ont atteint une certaine taille. L’un des enjeux à venir est-il de faire émerger davantage de scale-up, à savoir des sociétés de plus grande envergure?

– Les entrepreneurs et les investisseurs israéliens sont de plus en plus expérimentés pour devenir des scale-up. Notre défi est de créer le bon environnement pour leur permettre de grandir, en leur mettant à disposition du capital humain, un capital financier, des outils de régulations favorables et des infrastructures.

Publicité