Technologie

La start-up ViDi veut éduquer les machines

L'entreprise fribourgeoise développe des logiciels permettant aux ordinateurs d'apprendre à détecter des erreurs dans des séquences vidéo. Elle est nominée à un prix pour son potentiel d'exportation

Les machines pourront-elles un jour apprendre toutes seules? C'est le pari que s'est lancé la société ViDi Systems il y a quatre ans. Basée à Villaz-Saint-Pierre (FR) et comptant 9 ingénieurs, la start-up développe des logiciels qui permettent aux machines d'apprendre toutes seules à traquer des défauts ou des comportements anormaux dans des séquences d'images. Pour son potentiel sur les marché internationaux, elle figure parmi les trois finalistes, catégorie «step-in» (entreprises en début de phase de commercialisation), des Export Awards, décerné jeudi par l'organisme de promotion des exportations Switzerland Global Enterprise (S-GE).

La technologie développée par ViDi intéresse déjà l'industrie automobile. «Nous sommes en train de tester notre logiciel sur les caméras embarquées dans les voitures, explique son directeur Nicolas Corsi. Imaginez que le véhicule puisse changer de comportement si son utilisateur s'endort ou envoie un sms.» Les premiers résultats sont enthousiasmant, selon lui, car ils démontrent que le logiciel arrive à prédire pratiquement à chaque fois que le conducteur adopte un comportement suspect.

Des machines plus autonomes

Pour l'instant, le logiciel est utilisé pour les contrôles esthétiques et de qualité dans l'industrie horlogère, la production d'équipements médicaux (vis orthopédiques, pacemakers etc.) ou de pièces de manufacture. Un éclectisme rendu possible grâce à la technologie d'intelligence artificielle développée par le neuro-informaticien lucernois Reto Wyss. Elle permet aux machines de focaliser tout de suite leur attention sur un point saillant, plutôt que de devoir analyser l'ensemble de l'image.

«L'approche traditionnelle, avec des réseaux de neurones convolutionnels, est très gourmande en énergie. Contrairement à Google ou Facebook qui dispose de millions de données à analyser, les machines des PME doivent apprendre à l'aide de bases de données beaucoup plus petites», explique Nicolas Corsi. Pour lui, c'est le boum technologique des cartes graphiques, impulsé par l'industrie du jeu vidéo, qui a rendu cette technologie accessible aux start-up.

Parent pauvre du financement  

Malgré des perspectives prometteuses, ViDi Systems recherche encore 5 millions de francs pour soutenir son développement. La start-up qui génère un chiffre d'affaires «en-dessous du million de francs», n'est pas encore rentable mais devrait l'être avant la fin de l’année, confie son directeur Nicolas Corsi. Pour lui, le secteur technologique reste le parent pauvre du financement: «A moins que l'on soit dans le biotech ou le medtech, la levée de fonds reste très compliquée. Ce sont d'ailleurs ces entreprises qui raflent tous les concours», explique-t-il tout en citant le cas d’un collègue qui n’a eu besoin que de 6 semaines entre l’écriture de son modèle d’affaires et l’obtention de trois millions de francs. «En Suisse, il faut pouvoir garantir un solide retour sur investissement et un carnet de commandes rempli sur les deux prochaines années.» 

Les start-up suisses sont-elles condamnées à l'exil pour se développer? Sylvain Jaccard, directeur du bureau romand de S-GE, réfute cette idée. Il rappelle que des possibilités de financement existent en Suisse avec des «business angels» (investisseurs providentiels) et des incubateurs de start-up. «Notre prix encourage les jeunes pousses qui ne disposent pas d'un marché suffisant en Suisse à chercher des clients à l’étranger, ce qu'elles font de plus en plus. Mais notre mission est que ces entreprises restent ici et créent des emplois.»

En 2015, en Suisse, 670 millions de francs ont été investis dans le capital des jeunes pousses, selon le dernier rapport Swiss Venture Capital. Un chiffre en augmentation de 47,9% par rapport à l'année précédente.

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