Après une année 2019 record, l’évolution des investissements dans les jeunes pousses suisses figure au cœur des préoccupations. Dépendantes de capitaux externes, ces entreprises suivent un modèle économique qui les rend plus vulnérables à la crise déclenchée par le coronavirus.

Publiés cette semaine, les chiffres consolidés des levées de fonds réalisées durant le premier semestre montrent qu’il n’y a pas eu de grand mouvement de défection. Selon le rapport «Swiss Venture Insights», les start-up ont engrangé 899 millions de francs durant le premier semestre 2020.

Investissements en recul

Ce montant est en baisse d’un tiers par rapport à la même période l’année dernière. Le recul est dû à un premier trimestre faible, mais aussi à l’absence d’énormes tours de table. En mai 2019, la licorne touristique germano-suisse GetYourGuide avait levé 484 millions de francs, alors que cette année, le montant levé le plus important est de 80 millions de francs.

Cette levée de fonds est à mettre à l’actif de la société zurichoise Scandit, qui propose des outils avancés pour exploiter au mieux le potentiel des lecteurs code-barres.

Lire aussi: Les start-up continuent de lever des fonds

Scandit représente bien la tendance du premier semestre, puisque les technologies de l’information et des télécommunications ont largement participé à soutenir les investissements. Les sociétés actives dans ce segment sont à l’origine de 40% de l’argent levé, ce qui profite à la région de Zurich, qui dispose d’un écosystème dynamique dans ce domaine. Pas moins de 45% du volume des investissements (402 millions de francs) ont été opérés dans ce canton.

Genève au coude à coude avec Vaud

Habitué aux podiums en matière de financement, le canton de Vaud a lui connu une activité moins intense en première partie d’année, avec la levée totale de 116 millions de francs. La principale transaction réalisée par la medtech Polares aura, qui plus est, avant tout un impact en Californie puisque c’est là que les opérations de la société se déploient.

Conséquence: le canton de Vaud s’est fait doubler par son voisin lémanique. Les start-up genevoises ont en effet réussi à lever 118 millions de francs. A titre d’exemple, l’année dernière, Genève avait attiré la modeste somme de 55 millions contre 464 millions pour Vaud.

Deuxième semestre crucial

C’est dans le domaine des sciences de la vie et des technologies médicales que les sociétés genevoises se sont illustrées, le plus gros tour de table étant à mettre au profit de Spineart, une entreprise fondée en 2009 qui n’a plus rien d’une jeune pousse.

Lire à ce sujet: Spineart lève 50 millions de francs

A côté des acteurs de la scène numérique, les entreprises actives dans le secteur de la santé au sens large font partie de celles qui devraient tirer leur épingle du jeu dans un monde en mode pandémique. L’entrée en bourse réussie d’ADC Therapeutics à la bourse suisse – la seule à mettre à l’actif d’une start-up helvétique cette année – en témoigne.

Pour mieux comprendre les intentions des investisseurs en capital-risque dans un contexte incertain, les auteurs du «Swiss Venture Capital Report», autre rapport consacré au financement des start-up publié ce mardi, ont sondé une quarantaine de fonds actifs en Suisse.

Sur la base d’une trentaine de réponses, ils s’attendent à un deuxième semestre en demi-teinte, avec une stagnation ou un léger recul des investissements, avant une probable reprise l’année prochaine. Car il ne faut pas oublier que tous les tours de table annoncés à ce jour ont été initiés il y a des mois, parfois même avant que le nouveau coronavirus n’ait été identifié.

Pour Jordi Montserrat, cofondateur de Venturelab, une société qui apporte son soutien aux start-up, deux règles d’or restent d’actualité pour les jeunes fondateurs de sociétés: maîtriser leurs coûts et prendre les devants le plus tôt possible pour attirer du nouveau capital, en privilégiant en priorité ses investisseurs historiques.


Des crédits Covid octroyés pour plus de 14,4 millions de francs

Les jeunes sociétés technologiques suisses font appel aux mesures de soutien mises en place par la Confédération pour les aider à faire face à la crise liée au coronavirus. A ce jour, le Secrétariat d’Etat à l’économie a approuvé le cautionnement de 36 entreprises pour un montant total de plus de 14,4 millions de francs, ce qui revient à un montant moyen de 400 000 francs par société.

Avec 18 crédits obtenus pour un montant d’un peu plus de 10 millions de francs, le canton de Vaud est celui qui a le plus recours à ce dispositif. Au total, il a reçu 134 demandes et en a déjà validé 69. Un soin particulier est apporté à l’examen des dossiers par chaque organisme impliqué en raison du modèle plus risqué que suit ce type d’entreprises. Dix sociétés vaudoises se sont déjà vu opposer une fin de non-recevoir.

Le programme prévoit un cautionnement appuyé subsidiairement par la Confédération et les cantons. Il court jusqu’à la fin du mois d’août. A.B.