Les hommes auraient-ils tendance à exclure les femmes des postes de direction? Sciemment? Non, c’est plus subtil que cela: «On se sent plus à l’aise avec des gens qui nous ressemblent», explique Ilona Simpson, venture partner chez Ariadne Capital en Grande-Bretagne, s’appuyant sur son cursus en psychologie pour défendre son point de vue. Résultat, les sommets des entreprises sont archi-dominés par des hommes blancs d’âge moyen.

«Mais ils ne le font pas exprès, c’est plutôt tellement ancré dans l’inconscient qu’il est très difficile de lutter contre cette tendance», a-t-elle poursuivi, dans une présentation qui lançait le premier «Female Startup Founders Summit» mercredi soir à Zurich, réunissant environ 300 personnes. La journée avait été consacrée au pitch des start-upeuses, la soirée à des conférences. Pour Ilona Simpson, la solution est simple: faire en sorte que les femmes ressemblent le plus possible à des hommes, s’est-elle exclamée, dans une boutade illustrée par une photo. En Suisse, en 2014, l'indicateur de startups.ch a évalué à 26% la part des femmes dans la population des créateurs d'entreprises. Une évolution qui reste lente (elles étaient 23,1% en 2011).

Ne pas se décourager

Pour celle qui a travaillé dans le secteur technologique, à la fois dans des grandes entreprises et des start-up, l’important est de ne pas se décourager. Elle a sciemment pris un exemple européen pour rappeler la patience nécessaire à ceux qui se lancent. «A chaque fois que vous sentez le découragement, rappelez-vous qu’il faut en moyenne cinq ans pour percer, pour arriver à un «produit minimum viable» (MVP). Cinq foutues années!», a-t-elle insisté. Voire plus, comme pour blablacar, la société de covoiturage lancée en France, aujourd’hui l’un des plus importants succès de la nouvelle économie en Europe.

Si l’Europe met des barrières – conscientes ou non – aux femmes entrepreneurs, elle en met aux start-up en général, a expliqué Carole Hoffman, présidente de WomenWay et business angel, qui organisait la conférence. L’une des raisons pour la difficulté à faire émerger des «licornes» (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars) en Europe se trouve dans la fragmentation du marché – différentes langues, différentes cultures, différentes monnaies, différents pays –, a-t-elle expliqué. D’où une présence massive des Américains et des Chinois dans le top 20 des licornes, où l’Europe en compte une seule. Mais les Européens n’aident pas en «freinant l’évolution par les lois», a-t-elle ajouté, montrant une photo de manifestations prônant un plus grand encadrement d’Uber.

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Et la Suisse dans tout cela? «Avec ses trois langues et demie, elle est aussi fragmentée. Nous sommes bons lorsqu’il s’agit d’innover, mais beaucoup moins lorsqu’il s’agit de commercialiser nos produits», a déploré Carole Hoffman. Sans compter le manque d’investisseurs: «Les Suisses sont trop réticents à prendre des risques et à investir dans les start-up.» Résultat: l’essentiel du financement dans ce domaine vient de l’étranger. «La Suisse est une grande zone de confort, les salaires sont élevés, nous n’avons pas besoin de faire beaucoup pour nous en sortir, ni de devenir entrepreneurs. Heureusement, les choses commencent enfin à bouger», a conclu celle qui est aussi associée dans un family office.

Les entreprises, à la fois investisseurs et clientes

Egalement invitée à s’exprimer, la directrice de Lift, Abir Oreibi, a voulu mettre davantage l’accent sur les progrès dans ce domaine. «Certes, on aimerait voir davantage d’investisseurs (VC) suisses et pas seulement des Américains s’installer en Suisse, mais il y a également de nouvelles initiatives, comme le fonds pour l’avenir ou des projets dans les entreprises», a-t-elle expliqué, citant l’investissement de SGS dans la plateforme Agri-Flow et soulignant l’importance de ce genre de transactions, car «les entreprises peuvent à la fois être des investisseurs et des clients des start-up.» Et une demande, lancée au média: «Parler davantage de start-up, car nous avons besoin de modèles de réussite.»