«Je passe presque deux mois par année dans des lieux difficiles d’accès en haute montagne pour monter ou démonter nos appareils de mesures météorologiques», explique Olivier Couach, chef de projet de Gaiasens Technologies. Cet ingénieur a développé avec ses collègues Thierry Bertholet et Patrick Porchet, des stations météorologiques d’environ 4 mètres de haut qui ont l’avantage d’être robustes, mobiles et modulables.

Munies d’une antenne, d’une carte mémoire et de plusieurs capteurs, celles-ci transmettent toute une série d’informations en temps réel, par exemple la température, le rayonnement solaire, la force du vent, la hauteur de neige ou encore le niveau de pluie. Elles peuvent être munies également d’appareils de photographie ou de capteurs mesurant la déformation d’une fissure ou analysant la pollution de l’air. «Le système étant modulable, il est possible d’interfacer facilement d’autres capteurs suivant les mesures souhaitées», explique Olivier Couach. La start-up valaisanne travaille notamment avec l’IDIAP pour développer un nouvel algorithme capable de détecter des changements d’état, en se basant uniquement sur des captures d’images.

La mesure météorologique en temps réel dans les milieux extrêmes permet aux autorités chargées de la gestion du risque de mieux l’appréhender. Des observations terrestres et spatiales relayées par un système de télé­communications donnent la possibilité de prévoir les manifestations les plus extrêmes afin de prendre des mesures préventives.

«Nous travaillons avec des guides de montagne qui nous conseillent quant à l’emplacement de nos stations. Elles sont louées par les collectivités pour surveiller des zones d’avalanche, des coulées de boue mais également pour évaluer les risques glaciaires et les crues. Des sociétés hydrauliques les utilisent également pour observer les barrages. La commune de Riddes vient de nous mandater pour contrôler une zone instable», explique Olivier Couach. Quatorze stations météo sont actuellement actives en Valais ainsi qu’à Chamonix.

Communiquant grâce au réseau de téléphonie mobile, les ­stations de Gaiasens sont complémentaires au Système intercantonal de pré-alerte et d’information en cas de crises (IFKIS), un réseau de stations fixes au niveau suisse. «Nos stations offrent un avantage en matière de coût. Elles se louent entre 300 et 500 francs par mois, à quoi il faut ajouter des frais d’installation de 1000 francs», explique Olivier Couach, dont la start-up a été primée à Paris, en avril dernier, par le groupe américain Campbell Scientific. Autres avantages du système: son autonomie en énergie grâce à ses panneaux solaires, et l’accès à une plateforme web qui permet d’accéder en temps réel aux données et d’obtenir des alarmes via SMS et courriers électroniques. Les serveurs de Gaiasens sont basés à Martigny, dans la salle des serveurs d’IdeArk.

Grâce l’obtention d’un prix Innogrant décerné par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), la start-up a développé une chaîne de modèles pour la simulation et la prévision de la qualité de l’air au niveau régional et urbain, appelée Map3D. L’entreprise a été mandatée par l’Etat de Genève et MétéoSuisse pour développer et mettre en place un système de prévision de la qualité de l’air à trois jours. Le projet a démarré en septembre dernier avec la participation du spécialiste de la chimie atmosphérique, Frank Kirchner.

Le système de Gaiasens a permis de générer un système d’analyses précises de l’ozone, des dioxydes d’azote (NO2) – principalement émis par les transports routiers et aériens, ainsi que les installations industrielles – et de diverses autres particules en suspension, notamment les PM10 et PM25.

«Nous sommes en mesure de cartographier la pollution de la ville de Genève», souligne le chef de projet de Gaiasens, une société fondée il y a trois ans. Le système est opérationnel depuis avril dernier avec une résolution spatiale de 2 x 2 kilomètres.

A Genève, les mesures de la qualité de l’air sont faites en ­continu par des DOAS (Differential Optical Absorption Spectroscopy), un système optique qui ­enregistre en continu les concentrations des principaux polluants atmosphériques grâce à un faisceau de lumière à l’horizontale qui évalue, sur une distance de 200 à 500 mètres environ, la concentration d’oxyde d’azote (NO2), d’ozone (O3), de dioxyde de soufre (SO2) et quelques-uns des composés organiques volatils (COV).

Entre les années 1990 et 2000, la qualité de l’air s’est améliorée dans le canton de Genève. Toutefois, une stagnation générale de l’évolution des concentrations élevées de certains polluants est constatée depuis les années 2000: l’ozone (O3) et les particules fines (PM10) sont en quantité excessive, ainsi que le dioxyde d’azote (NO2), principalement au centre-ville. En 2012, ces émissions des principaux polluants ont été non conformes au regard des valeurs limites fixées par la Confédération dans l’ordonnance sur la protection de l’air (OPair).

Cette situation est une menace pour la santé de la population, ­notamment des personnes les plus sensibles comme les personnes âgées, les enfants et les asthmatiques.

Ces particules «fines», dont le diamètre est inférieur ou égal à 10 millionièmes de mètre, s’inhalent facilement. Elles pénètrent profondément dans les poumons et peuvent être à l’origine de graves troubles cardiaques et respiratoires.

«Avec Map3D, il sera possible d’avoir une prévision spatiale sur l’ensemble du canton à trois jours pour mieux connaître le niveau d’ozone, la quantité de dioxydes d’azote ou de particules fines. Cet outil de simulation va permettre de quantifier finement l’impact de scénarios de réduction des émissions afin d’améliorer la qualité de l’air pour ces prochaines années», prévoit Olivier Couach.

«La commune de Riddes vient de nous mandater pour contrôler une zone instable»