«Je laisse les traders s'exciter et cherche, pour ma part, des niveaux d'achats.» Ce conseiller en investissement d'une banque genevoise n'a pas froid aux yeux. Les mauvaises statistiques sur l'emploi américain ne l'effraient pas. Au contraire, il compte profiter d'un éventuel recul boursier pour amasser des titres.

En novembre, 112 000 postes de travail ont été créés aux Etats-Unis. Moins que ne le pensaient les analystes. Ces derniers tablaient sur un chiffre de l'ordre de 200 000. Parallèlement, la statistique du mois précédent a été révisée à la baisse. Dans le détail, les gens ont travaillé moins longtemps et les salaires ont stagné le mois dernier. L'industrie manufacturière a continué à perdre des postes. En revanche, le taux de chômage a reculé, comme anticipé, de 5,5 à 5,4% d'un mois sur l'autre.

Les Bourses se sont retranchées sur ces nouvelles… avant de se redresser. Le S & P 500 américain progressait de 0,3% à 1195 points en début de soirée. Le dollar a lui continué sa glissade. L'euro a bondi vendredi à 1,3456 dollar, un nouveau record.

L'optimisme du conseiller en investissement repose sur la politique de taxation des entreprises outre-Atlantique. «A partir de 2005, les bénéfices des sociétés rapatriés de l'étranger et investis aux Etats-Unis seront taxés à hauteur de 5,5%, contre 35% aujourd'hui», confie le professionnel. Cette loi intitulée «American job creation act» sera valable douze mois. Cette nouveauté devrait soutenir l'investissement, second pilier de la croissance après la consommation. «Cela va aussi améliorer les déficits budgétaires et commerciaux, ainsi que la situation sur le marché du travail», affirme-t-il. Il donne l'exemple d'Intel, qui va rapatrier 6 milliards de dollars pour profiter de la nouvelle législation. «Les profits des firmes américaines réalisés à l'étranger sont estimés entre 500 et 600 milliards de dollars, ajoute le financier. Injecter 5 à 10% de ces montants dans l'appareil de production donnerait un coup de fouet à l'économie.»

Certains ne pensent pas que l'emploi va se redresser durablement aux Etats-Unis. «Les mauvais chiffres sur le chômage en novembre ne m'ont pas surpris.» Economiste chez Ferrier Lullin à Genève, Roland Duss explique que la tendance de fond reste une délocalisation vers «les zones bon marché», c'est-à-dire les pays émergents comme la Chine ou l'Inde. «Autrefois limité à l'industrie, ce phénomène touche de plus en plus les services», souligne l'économiste. A l'avenir, on créera chez nous de plus en plus d'emplois temporaires et à temps partiel.» Guère rassurant!

Selon lui, le ralentissement économique actuel pourrait s'accélérer. «La plupart des économistes tablent sur un produit intérieur brut américain (PIB) de 3,4% en 2005, confie Roland Duss. Mais on ne va pas dépasser 3%.» Par comparaison, la croissance devrait se situer entre 4 et 4,4% cette année.

On voit que les avis sont tranchés. Cela étant, l'économie américaine a créé en moyenne 150 000 postes de travail au cours des quatre derniers mois. Ce chiffre constitue le niveau minimal pour freiner la progression du chômage. Il permet d'annuler l'effet des gains de productivité et des nouveaux entrants sur le marché du travail. La situation semble donc stabilisée sur ce front. L'avenir? La baisse actuelle du dollar devrait finir par relancer les exportations américaines. De quoi soutenir la première économie mondiale.