La Banque du Japon (BoJ) a décidé jeudi de maintenir en l'état son programme de rachat d'actifs et le niveau actuel des taux négatifs, décevant les fortes attentes des marchés après de nouvelles statistiques médiocres. Elle a dans le même temps abaissé ses prévisions concernant l'inflation, qui n'atteindra pas dans les délais espérés l'objectif de 2%, désormais attendu d'ici à mars 2018, au lieu de septembre 2017 auparavant.

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La projection de croissance a aussi été dégradée: elle devrait s'établir à 1,2% en 2016-17 (contre 1,5% escomptés précédemment), et à 0,1% l'exercice suivant (contre 0,3%).

La Banque du Japon invoque, dans un communiqué, des «exportations plus faibles que prévu» et une certaine «prudence» des entrepreneurs, «reflet du ralentissement» des économies émergentes. Elle mentionne aussi l'impact sur la production industrielle des récents tremblements de terre qui ont frappé le sud-ouest du Japon et provoqué l'arrêt temporaire de plusieurs usines.

Un assouplissement plébiscité par les économistes sondés

La BoJ répète qu'elle prendra de nouvelles mesures «si nécessaire», pour atteindre sa cible d'inflation. Elle en est très loin, sous l'effet notamment de la chute des prix du pétrole: selon des statistiques publiées en début de matinée, les prix à la consommation ont fléchi de 0,3% en mars comparés à leur niveau un an plus tôt. Il faut remonter à avril 2013, date du lancement de sa vaste réforme monétaire, pour trouver pareille baisse.

Le gouverneur Haruhiko Kuroda est une nouvelle fois allé à l'encontre des anticipations: sur les 41 économistes sondés par l'agence Bloomberg, 23 misaient sur un nouvel assouplissement. 

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Résultat de cette annonce: le yen a bondi à la mi-journée à Tokyo. Le dollar est retombé à 109,30 yens immédiatement après le communiqué de la BoJ, contre 111,50 yens en début de journée, et l'euro est revenu à 123,55 contre 126,30 yens.

Les donneurs d'ordres ont fait machine arrière après avoir spéculé sur un nouveau geste de l'institut d'émission, celui-ci ayant décidé de maintenir en l'état ses principales mesures.

Comme le yen avait tendance à se renforcer depuis le début de l'année, un mouvement qui pèse sur les comptes des entreprises nippones, des investisseurs pensaient que la BoJ pourrait agir pour infléchir ce mouvement via un nouvel assouplissement. Ces spéculations étaient d'autant plus fortes que le Japon ne parvient pas à renouer avec une inflation susceptible d'entraîner l'activité économique.

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