L’expert

Le statut de cadre va-t-il se féminiser?

CHRONIQUE. Il semblerait que le fait d’être cadre ait perdu de sa superbe auprès des plus jeunes collaborateurs. Si ce statut n’est plus prestigieux, mais qu’il reste une nécessité, va-t-il se féminiser? C’est la question que se pose notre chroniqueuse Silna Borter, professeure à la HEIG du canton de Vaud

Le vent d’aplatissement hiérarchique soufflant sur notre paysage organisationnel balaie depuis longtemps les certitudes quant au rôle de cadre. Cette notion, aux contours notoirement flous, s’applique aux personnes qui assument des responsabilités élevées, avec la quantité de travail et le salaire qui vont avec (en principe).

Or il semblerait que le statut en lui-même ait perdu de sa superbe auprès des plus jeunes collaborateurs, qui ne le perçoivent plus comme le point d’orgue d’une carrière professionnelle réussie, à côté de l’obligation d’acquérir une montre de prestige avant 50 ans. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une carrière? Bref, l’attrait de la carte de visite avec un titre en forme de chef d’équipe semblerait avoir diminué.

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Les galons ne faisant plus recette, il reste la fonction encadrante auprès des autres collaborateurs, qui peut représenter une source de joie et d’épanouissement, justifiant une charge un peu plus conséquente. Apprendre à être un «bon» manager est en effet toute une école de vie, puisqu’il s’agit d’être un facilitateur, un moteur, un leader, un chef d’orchestre, dont l’expertise discrète n’est plus mise en avant, mais qui lui sert à asseoir sa légitimité naturelle. L’avenir est donc le management, avec toutes ses variétés «lean», «kaizen», relationnel, de proximité, ou 4.0 (en attendant les mises à jour).

Surcroît de travail

La question qui subsiste est: qu’en est-il de ces vieilles responsabilités désuètes, justifiant le gros travail, le gros salaire et le gros prestige du cadre? Sont-ce des faire-valoir créés de toutes pièces pour justifier les asymétries hiérarchiques? Selon le Tribunal fédéral, les cadres n’ont pas droit à la compensation des heures supplémentaires, car ils doivent fournir une prestation de travail plus importante que la moyenne. Est-ce que les heures supplémentaires, auto-justifiées par la volonté contrôlante de l’entreprise, vont disparaître avec les cadres? Et si ce surcroît de travail, si ces responsabilités devaient se révéler moins solubles qu’espéré, qui voudra les prendre? Si les asymétries jusqu’ici reflétées dans les hiérarchies ne concernent que des jeux de pouvoir et des flambées de testostérone, le fait que les statuts ne fassent plus recette est plutôt une bonne nouvelle.

En revanche, si elles reflètent des asymétries de masse et de nature du travail à effectuer, le désamour pour cette fonction pose davantage de questions. Car, une fois épuisé le bassin de cadres recyclés en managers, qui voudra répondre de la mise en œuvre des orientations stratégiques des organisations? Qui va porter les projets de l’entreprise et réunir, avec son équipe, les conditions nécessaires pour les mener à bien, dans la ligne des objectifs fixés par la direction? Le cadre engage sa responsabilité. Qui est assez fou pour vouloir payer ses galons, sans gagner le prestige de l’uniforme? Et si le statut de cadre finit par perdre tout son prestige, pour ne recouvrir qu’un ensemble de responsabilités, va-t-on assister à une féminisation du statut?

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