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«Donald Trump promet de restaurer l’industrie des années 50-60. Mais cette industrie est déjà morte. On ne peut pas créer de l’emploi avec une industrie du passé», soutient l’analyste d’Allianz Global Investors Stefan Hofrichter.

Inégalités

Stefan Hofrichter: «Le populisme met la croissance mondiale en danger»

L’économie ne semble plus craindre le populisme, ses murs et sa nostalgie de grandeur. Les nouveaux tribuns détiennent pourtant un pouvoir de nuisance susceptible de plonger le monde dans la récession, déplore l’analyste d’Allianz Global Investors

Les marchés semblent devenus insensibles aux cris du populisme. Le vote en faveur du Brexit a été digéré en quelques jours, l’élection surprise de Donald Trump en quelques heures, et la déroute électorale de Matteo Renzi n’a même pas fait broncher le cours des actions.

Or le populisme pourrait bien être en train de faire le lit d’une récession mondiale, estime Stefan Hofrichter. Chef de la division «Economie mondiale et stratégie» chez le gestionnaire d’actifs allemand Allianz Global Investors, il est venu parler des laissés-pour-compte de la mondialisation et du coût économique du populisme lundi au Montreux Palace.

Le Temps: Vous affirmez que les partis populistes n’avaient pas été aussi forts depuis 1930. Comment en sommes-nous arrivés là?

Stefan Hofrichter: Les inégalités sont en progression dans le monde entier. Et ceci dans un contexte d’accélération de la mondialisation et de l’automation. En parallèle, le vote populiste n’a cessé de progresser depuis le milieu des années 80. La polarisation de la vie politique est palpable.

Globalement, la pauvreté a pourtant diminué…

C’est vrai si l’on considère le monde comme un corps homogène. La croissance a sorti beaucoup de gens de la pauvreté en Chine ou en Inde. Mais si l’on y regarde de plus près, les inégalités se sont creusées dans la plupart des pays. Il y a un fossé toujours plus important entre une classe de citoyens créatifs et formés et ceux qui effectuent des tâches menacées par la robotisation. Je pense aux chauffeurs de taxi, aux comptables ou même aux analystes économiques (rire).

Les populistes n’ont pas la redistribution de la richesse à l’ordre du jour, c’est la défense de la souveraineté nationale qui les réunit

En quoi la montée du populisme affecte-t-elle l’économie mondiale?

Les populistes s’opposent au commerce et à l’immigration, qui sont des facteurs clés pour la productivité, le transfert de connaissance et la croissance sur le long terme. Ils militent aussi pour le blindage du marché du travail local (shielding effect). Cela peut provoquer, à la marge, une augmentation des salaires qui pénaliserait les entreprises.

Augmenter les salaires réduirait les inégalités. N’est-ce pas justement un excellent argument des populistes?

A court terme seulement! Les investissements des populistes peuvent aussi avoir des impacts positifs sur les performances des actions, des obligations et des devises. C’est ce qu’a démontré une étude de Moritz Schularick, de l’Université de Bonn. Mais ces résultats, liés à la hausse des dépenses publiques et des activités d’investissement, sont valables dans de petites économies qui ont bénéficié d’une conjoncture mondiale favorable. D’autre part, ceux-ci n’ont pas la redistribution de la richesse à l’ordre du jour, c’est la défense de la souveraineté nationale qui les réunit. Certains populistes sont toujours très orientés marché, alors qu’ils prétendent défendre les intérêts des gens ordinaires. A l’image de la réforme fiscale de Donald Trump.

Vous mettez les partis FPÖ (Autriche), Podemos (Espagne), Cinque Stelle (Italie) et AfD (Allemagne) dans la même catégorie. Qualifier l’autre de «populiste», n’est-ce pas justement un discours d’élite qui s’accroche au statu quo?

Il n’y a pas une seule définition du terme. Je retiens celle-ci: le populiste prétend que la société est divisée en deux, et qu’il représente la volonté des marginalisés contre une élite corrompue. Il y a des différences entre ces partis, mais ils s’opposent tous à l’intégration économique via notamment l’élaboration de traités de libre-échange.

Donald Trump promet de restaurer l’industrie des années 50-60. Mais cette industrie est déjà morte. On ne peut pas créer de l’emploi avec une industrie du passé

En début de discussion, vous admettiez que la globalisation avait creusé la fracture entre deux catégories de citoyens. Finalement, n’y a-t-il pas un peu de vrai dans le discours de certains de ces partis?

Les politiciens doivent effectivement proposer de nouvelles solutions. Mais on ne peut pas mettre un frein à l’innovation, on ne peut pas interdire les robots. Jusqu’à présent, les réponses des populistes ont accentué les inégalités. Prenez l’Amérique latine des années 70: leurs mesures ont aggravé l’inflation, rendant les pauvres encore plus pauvres. Donald Trump promet de restaurer l’industrie des années 50-60. Mais cette industrie est déjà morte. On ne peut pas créer de l’emploi avec une industrie du passé.

Les récents succès électoraux du populisme n’ont semble-t-il que peu inquiété les marchés. N’est-ce pas contradictoire?

Les marchés ont effectivement continué à monter ces deux ou trois dernières années, poussés par les fondamentaux. Mais le multilatéralisme a mauvaise presse, les pays tentent de compenser en se tournant vers les accords bilatéraux de libre-échange. Le recul de la globalisation va finir par affecter la croissance sur le long terme.

Quel pourrait être l’élément déclencheur d’une panique sur les marchés? Une guerre commerciale?

Je crains davantage le résultat de la réforme fiscale de Donald Trump. Son timing est mauvais: les réserves des entreprises américaines sont déjà pleines et elle ne fera qu’accroître le déficit public. Ce choc exogène pourrait aussi prolonger le cycle économique actuel, qui en est à son centième mois consécutif d’expansion. Ce qui pourrait inciter la Fed à relever plus rapidement ses taux d’intérêt, entraînant des risques de crash. Ceux qui se sont exposés en profitant de l’argent facile pourraient en pâtir. C’est valable pour les pays émergents – comme la Chine, dont la dette ne cesse de progresser – mais aussi pour des pays développés.

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