«On passe quatre heures à écrire une lettre de motivation. Est-ce que les patrons s'en rendent compte? Le plus souvent, je ne reçois aucune réponse.» Comme un nombre croissant de jeunes, Stéfanie, 17 ans, s'efforce en vain de trouver une place d'apprentissage. Dans l'intervalle, cette Valaisanne d'origine portugaise dispose d'un palliatif: elle participe au Semestre de motivation (SEMO) proposé par la ville de Sion. Mis en place dans tous les cantons romands, et dans la plupart des cantons alémaniques, les SEMO se veulent un tremplin vers la formation professionnelle. Ils s'adressent aux chômeurs âgés de 15 à 20 ans, exceptionnellement jusqu'à 24 ans. A l'échelle nationale, 7200 jeunes ont suivi un tel programme en 2004, selon le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Ils étaient 6339 en 2003. Et leur nombre passera à 10 000 cette année, suite aux mesures adoptées par le Conseil fédéral après discussion avec les partis nationaux, il y a trois semaines.

«Le SEMO ne vise pas l'insertion dans le marché du travail mais dans une voie de formation. C'est notre principal objectif», explique Steve Nanchen, maître socioprofessionnel et responsable à Sion de l'atelier bois du SMJ (Semestre de motivation pour les jeunes, la dénomination valaisanne des SEMO). Durant six mois, à raison de 40 heures par semaine, les jeunes explorent divers domaines professionnels pour trouver ce qui les motive et s'orienter au plus juste. Au programme du SMJ sédunois, dirigé par l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière (OSEO), figurent divers ateliers (fer, bois, artistique) ainsi que plusieurs stages en entreprises, d'une durée d'une semaine. En outre, les jeunes suivent un cours de technique de recherche d'emploi (rédaction de CV, lettres de motivation, simulation d'interview) et sont épaulés dans leurs démarches de postulation.

A Sion, «notre structure nous permet d'accueillir 25 personnes; une population variée, raconte Steve Nanchen. On rencontre des jeunes fraîchement sortis de l'école obligatoire, dont les projets d'avenir sont flous; d'autres ont interrompu leur apprentissage; d'autres, encore, tentent d'émerger après avoir vécu reclus, souvent chez leurs parents, à l'abri des réalités.» «Même les plus motivés peinent à trouver une place d'apprentissage», déplore Sandra Cadosch, responsable du cours de recherche d'emploi. «Cette situation est vraiment désespérante.» Ce mercredi matin, la collaboratrice du SMJ travaille avec trois jeunes sur leurs CV et lettres de motivation. Au travers d'exemples, les membres du petit groupe apprennent à structurer leurs demandes d'emploi.

«Maintenant, j'ai compris ce qu'il me faut corriger», dit Arbi, 15 ans, en fin de matinée. «Tout doit être net et précis.» Comme ses camarades, ce jeune Iranien a cherché désespérément une place d'apprentissage, avant de rejoindre le SEMO, dirigé là par les offices régionaux de placement. «Je souhaite devenir menuisier. J'ai postulé pendant six mois, sans succès», soupire Arbi, un brin dépité. Même problème pour Stéfanie, à la recherche d'un apprentissage d'employée de commerce: «Je suis restée six mois à la maison, sans occupation professionnelle. J'étais mal dans ma peau et dans ma tête avant d'intégrer le SMJ. Nous avons de la chance, car, dehors, des centaines de jeunes attendent du travail sans pouvoir profiter de ce programme.»

Afflux de demandes

En effet, les inscriptions aux différents SEMO se multiplient: «Nous sommes saturés, prévient Steve Nanchen. Il y a cinq ans, le SMJ comptait 14 personnes. Voilà deux ans, nous arrivions tout juste à 25, notre effectif maximal. Aujourd'hui, 40 jeunes sont sur liste d'attente.» Partout en Suisse romande, les demandes affluent: «A Nyon, 40 candidats patientent également en attendant leur tour. Et ils sont 80 à Lausanne», explique Alain Fiorina, responsable du secteur SEMO au Service de l'emploi du canton de Vaud.

Outre les cours de recherche d'emploi, les participants du SMJ bénéficient de rattrapages en français et en mathématiques. Là encore, en comité réduit. Ce matin-là, trois «élèves» révisent leur grammaire, encadrés par Kalinka Borella, leur professeur. «Pour les patrons, les références scolaires ne sont pas négligeables. Ici, les jeunes ont l'opportunité de combler leurs lacunes», observe Steve Nanchen. Christophe, 17 ans, qui semble trouver le temps long, sollicite une pause bienvenue: «J'ai interrompu mon apprentissage de maçon, après deux ans de formation. Mes notes posaient problème et je ne m'entendais pas avec mon patron. Avant d'intégrer le Semestre de motivation, je suis resté trois mois à la maison, où j'ai perdu mon temps. Maintenant, j'ai une raison de me lever le matin. L'encadrement du SMJ m'apporte énormément.

Ici, on m'a montré mes responsabilités. J'ai déjà pu effectuer quatre stages. Finalement, je vais peut-être changer de métier.» Dans les SEMO, l'orientation des participants reste un défi majeur: «La plupart des jeunes ne savent pas vraiment ce qu'ils veulent, lance encore Steve Nanchen. Ils baignent quelquefois dans l'utopie. Beaucoup rêvent de concevoir des jeux vidéo. Ensemble, nous cherchons alors des solutions. Confrontées aux réalités, certaines chimères s'évanouissent.»

«L'année passée, 60% des personnes qui ont fréquenté le SMJ ont trouvé une formation (ndlr: un chiffre qui correspond au bilan dressé à la fin 2002 par le Seco, au plan national), se félicite le responsable de l'atelier bois. Nous avons une bonne réputation et beaucoup de patrons nous font confiance. Quant à vous dire combien de ces jeunes terminent ensuite leur formation… Nous n'avons pas de données chiffrées à ce sujet; seulement des témoignages, souvent reconnaissants.» Au Seco également, les statistiques font défaut, «dès lors que ces jeunes ne touchent plus d'assurance chômage», explique-t-on. Au-delà de l'insertion (ou de la réinsertion) professionnelle, les Semestres de motivation ont un mérite inestimable, affirme Sandra Cadosch: «Ces programmes sortent souvent les jeunes d'un contexte social négatif.» «Le SMJ nous aide à mieux vivre, confirme Stéfanie, dynamisée. Si on ressort d'ici sans trouver de formation, on aura au moins appris quelque chose.»