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La PME réalise 25% de son chiffre d’affaires dans la mode et 75% dans le domaine médical.
© Olivier Maire

Innovation

Steiger veut faire renaître le tricot européen

L'entreprise valaisanne a développé une tricoteuse industrielle en 3D permettant de réduire le coût de fabrication des pulls

Alors que l’entier de la production textile a quitté l’Europe dans les années 2000, il existe dans la petite commune de Vionnaz (VS) une entreprise qui continue de fabriquer des tricoteuses industrielles destinées aux fournisseurs des maisons de haute couture. Aussi bien Chanel, Dior, Hermès, Versace que Stella McCartney sortent des créations façonnées grâce aux machines de la société valaisanne Steiger.

Des innovations perpétuelles permettent à cette usine, créée en 1949, d’assurer sa croissance alors que tous ses concurrents ont disparu ou se sont installés en Asie. «Nous devons créer une nouveauté tous les deux ans car nos machines sont rapidement copiées», explique Pierre-Yves Bonvin, le directeur de l’entreprise qui compte redonner un nouveau souffle au textile européen grâce à sa dernière-née, une machine à tricoter en 3D qui pourrait être comparée à une imprimante 3D.

En revenant en Europe, nos clients auront l’avantage d’être beaucoup plus réactifs et flexibles face aux demandes des marques de prêt-à-porter

Pierre-Yves Bonvin, directeur de Steiger

Après cinq ans de développement et en collaboration avec les hautes écoles de la région, l’entreprise Steiger a finalisé une tricoteuse rectiligne, munie de centaines d’aiguilles et de plusieurs bobines de couleurs, permettant de confectionner des pulls sans couture. Les manches, le devant et le dos sortent de machine en trois tubes, raccordés au niveau des emmanchures. «Cette machine va révolutionner le marché et pourrait contribuer au rapatriement d’une partie de la production textile du prêt-à-porter en Europe», espère-t-il.

Valises tricotées en fibres composites

«Grâce à cette nouvelle technique, on évite les coutures à la main, un travail qui à lui seul représente 40% du coût du pull», précise Pierre-Yves Bonvin, debout devant la tricoteuse 3D de son usine valaisanne, en train de s’activer pour donner naissance à un pull quasi prêt à être porté. Chaque point, chaque maille, chaque fil ou couleur a été préalablement programmé. «Avec une machine comme celle-là, il sera aussi bon marché de produire au Portugal qu’avec une machine 2D au Bangladesh. Mais surtout, en revenant en Europe, nos clients auront l’avantage d’être beaucoup plus réactifs et flexibles face aux demandes des marques de prêt-à-porter.»

Actuellement, la PME réalise 25% de son chiffre d’affaires dans la mode et 75% dans le domaine médical. Elle développe des machines capables de confectionner des genouillères, des coudières ainsi que des vêtements de compression destinés aux grands brûlés. «Il y a beaucoup moins de pression sur les coûts dans le domaine médical», note le directeur de cette entreprise qui a réalisé des ventes de 20 millions en 2017, en progression de 30% par rapport à l’année précédente.

Après la mode et le médical, Steiger espère aussi se profiler dans la fabrication de baskets, de coques de chaussures de ski ainsi que dans le domaine de la bagagerie. A cet effet, l’entreprise a conçu une tricoteuse qui noue, non pas des fils, mais des fibres composites. Celles-ci sont chauffées dans un deuxième temps, donnant forme à des valises. «Nous sommes en discussion avec un grand fabricant de bagages. Cette nouvelle technique de fabrication permet de réaliser des valises solides, légères et à moindre coût», ajoute Pierre-Yves Bonvin.

Recherche de spécialistes à l’étranger

La vie de l’entreprise Steiger n’a toutefois pas toujours été un long fleuve tranquille. La société familiale a connu la crise en 2000 avec l’arrivée de la concurrence chinoise. Six ans plus tard, elle était vendue au groupe Sulzer Textil qui faisait ses premiers pas sur le marché chinois. C’est à cette époque que Pierre-Yves Bonvin, un ingénieur microtechnique qui travaillait pour Nokia-Maillefer à Ecublens, est arrivé dans l’entreprise. «J’ai notamment été engagé pour ma connaissance du marché chinois. Je ne connaissais rien à la mode et encore moins au tricot», dit celui qui est devenu expert du jacquard, du point mousse et du jersey.

Mais cette percée dans le continent asiatique n’est pas si simple. Après quelque temps, Sulzer Textil – devenu Itema – se défait de Steiger. Pierre-Yves Bonvin trouve un repreneur, à savoir l’un des leaders chinois de la machine à tricoter, le groupe Cixing, fort de 1500 employés et réalisant 152 millions de francs de chiffre d’affaires. Il rachète le groupe Steiger et l’aide à construire son réseau de vente en Chine. En échange, la PME valaisanne transmet son savoir-faire, assurant à son propriétaire une longueur d’avance face à la concurrence.

En Suisse, il n’y a plus de spécialistes du tricot

Pierre-Yves Bonvin

Depuis, l’entreprise Steiger exploite deux sites, l’un en Suisse et l’autre dans la province de Zhejiang, avec une cinquantaine d’employés des deux côtés. Chaque site vise des marchés différents: la mode standard pour l’usine chinoise, le très haut de gamme européen et le secteur médical en Suisse.

Des licenciements ont eu lieu en 2012 face à la chute de la demande aggravée par un franc fort, mais désormais la société prévoit de nouveaux engagements. «Nous cherchons notamment des ingénieurs textiles en France, en Allemagne ou en Italie. En Suisse, il n’y a plus de spécialistes du tricot.»


Gloires et déboires

L’industrie textile a été déterminante pour la ville de Saint-Gall et toute la Suisse orientale pendant des siècles. En 1888, on comptait 133 entreprises et quelque 24 000 métiers à tisser mécaniques. Le secteur de la production de machines textiles devint une industrie d’exportation d’importance mondiale. Mais le renforcement des protectionnismes et le développement d’une industrie autochtone dans les pays d’exportation provoquèrent une concentration des fabriques qui se solda par l’élimination de plus de la moitié des entreprises jusqu’en 1953.

Puis, face notamment à la concurrence asiatique et la crise des années 2000, la part de cette industrie aux exportations globales passa de 10,5% vers 1887 à 2,4% en 1962 et environ 0,2% en 2006. Aujourd'hui, on compte quelques fabricants suisses de machines destinées à tisser les fils, comme Itema, ou d’autres qui produisent des machines destinées à convertir les fibres naturelles ou synthétiques en fils, comme Rieter.

Par contre, dans le domaine des machines industrielles destinées au tricot, on ne compte plus que Steiger. En 1987, le leader mondial du secteur, l’entreprise jurassienne Dubied, a fermé ses portes. Elle occupait jusqu’à 2900 collaborateurs. Ce groupe n’a pas su faire sa transition de la machine mécanique à celle basée sur l’électronique.

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