Près d'un mois après avoir touché son premier et (encore) unique appareil, la nouvelle compagnie aérienne romande Swiss World (il semble que l'on ait abandonné le vocable «Airways») précise ses ambitions à travers un entretien accordé à notre confrère spécialisé Travel Inside, paru mercredi. Le Chief Executive Officer, le Canadien Peter Leishman, y détaille la stratégie produite de la compagnie, qui passe notamment par une politique tarifaire très originale: à l'inverse de la plupart de ses concurrents long-courriers, Swiss World proposera des prix aller simple, afin de permettre à ses passagers de voyager dans deux classes différentes – par exemple, économique à l'aller et business au retour. Leishman affirme que sur les deux classes supérieures (First et Business), les tarifs nets y seront 30% moins cher que ceux pratiqués par la concurrence. L'aller-retour en Business devrait coûter quelque 2000 francs, et les tarifs seront identiques toute l'année, par souci de clarté.

Dans le même temps, Swiss World espère pouvoir décoller cet hiver, avec un deuxième appareil, de Bâle à destination de Newark (aéroport proche de New York). Cette option figure dans le business plan remis à l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), qui a confirmé hier l'information de Travel Inside et de la Tribune de Genève. Mais Swissair a depuis quelque temps la même idée (Le Temps du 2 juillet 1998): Bâle-Newark devrait démarrer en décembre, d'abord avec un Airbus A-310, puis avec un A-330 flambant neuf. Gros hic pour Swiss World, d'autant que Swissair peut encore, d'ici l'introduction de la nouvelle loi sur la navigation aérienne (novembre au plus tôt), bénéficier d'un passe-droit qui lui permet d'ouvrir une ligne sans demander d'autorisation à l'OFAC, puis de protéger cette destination de toute concurrence jusqu'en 2008. Il est probable que l'affaire n'en restera pas là, mais le risque de surcapacité est tout aussi gênant pour Swiss World.

Avec son premier Boeing 767-200 ER, qui est revenu sur le tarmac genevois hier, Swiss World entend offrir à ses passagers des sièges ultraconfortables et une carte de menus élaborés; les passagers payant plein tarif mangeront gratuitement, les autres devront bourse délier. «La qualité des repas et du service à bord n'aura aucun point commun avec ce qui s'est fait jusqu'ici dans l'aviation long-courrier»: Peter Leishman n'est pas avare d'ambitions. Le B-767 pourra embarquer 10 passagers en First, 30 en Business et 119 en Economy.

L'horaire au départ de Genève (cinq fois par semaine durant deux semaines, puis six liaisons hebdomadaires) verra Swiss World quitter Cointrin à 9 h 30 et se poser à Newark à 12 h. Le retour est programmé à 17 h (heure de New York) pour une arrivée à Genève à 6 h 55. Le démarrage devrait avoir lieu le mois prochain.