A quoi joue Mario Draghi? «Après avoir créé des attentes très fortes, il n’a rien annoncé de concret et de suffisamment puissant pour rassurer les marchés, commente Stéphanie Kretz, membre de l’équipe chargée de la stratégie d’investissement chez Lombard Odier. En ne parlant que de potentialités et en restant peu précis, il a perdu en crédibilité, compte tenu de ses propos de la semaine dernière.» Selon elle, une annonce plus significative aurait été nécessaire pour apaiser les marchés «mais il ne s’est rien passé».

Cité par Bloomberg, le stratège obligataire de Deutsche Bank, Mohit Kumar, déplore aussi un manque de substance: «Quand il s’est agi de détailler les mesures à venir, le marché n’a rien vu venir de concret et est repassé en mode «aversion au risque», raconte-t-il.

Stéphanie Kretz rappelle aussi que «la banque centrale se doit de préserver l’intégrité du système financier et joue un rôle déterminant pour soulager les pressions liées au refinancement», mais qu’elle «n’a aucune responsabilité fiscale ou budgétaire. Le problème reste l’endettement et tant que les gouvernements ne prennent pas de vraies mesures…»

«On prépare le terrain»

Hier, Mario Draghi a toutefois exhorté ces derniers à entamer des vraies réformes pour sortir de l’ornière. Il a aussi parlé des quelques-unes des modalités qui permettraient à un pays de bénéficier d’une aide, via des rachats de ses obligations, laissant entendre que cette mesure était envisageable, en dépit de l’opposition allemande.

«On est entrain de préparer le terrain politique, pratique et technique.» Pour Charles Wyplosz, au contraire, l’on assiste à un vrai changement de paradigme dans l’épineux débat des interventions sur le marché de la dette. Il juge par ailleurs très positif que le président de la BCE condamne fermement les niveaux des taux de certaines obligations publiques et qu’il se déclare «prêt à tout» pour préserver la zone euro. «Il a une baguette magique et se dit prêt à l’utiliser», image le professeur d’économie à l’Institut des hautes études internationales à Genève.

Bien sûr, jeudi, la BCE a déçu parce qu’elle n’a fait «qu’approcher une pièce du puzzle. Une seule conférence ou une seule action ne résoudra pas la crise», prévient-t-il.