Quels critères importent le plus lors de la construction d'un portefeuille? Le facteur pays, secteur, taille ou plutôt le style d'investissement axé sur le choix de valeurs de croissance (growth) ou de valeurs de rendement (value)? Selon Foort Hamelink, analyste quantitatif chez Lombard Odier Darier Hentsch (LODH) et professeur de finance au Vrije Universiteit à Amsterdam, ces facteurs sont indissociables en raison de leur interaction. Il est donc «indispensable de les démêler, de séparer les effets de l'un sur l'autre. Pour obtenir une vision dépolluée des différents facteurs, l'utilisation d'un modèle multifacteurs appliqué aux titres de manière individuelle s'avère efficace pour estimer les risques», a-t-il expliqué lors du «sectors day», une journée consacrée à la présentation des secteurs dans lesquels les fonds de placement de LODH investissent. Cette vision est étayée par une étude empirique menée notamment par Foort Hamelink sur la période de janvier 1990 à juillet 2001 et appliquée à l'univers d'actions mondiales déterminé par Salomon Smith Barney.

Avant de construire des «facteurs purs», il est important d'avoir une bonne définition de ces facteurs. Celles concernant les pays, les secteurs ou la taille vont de soit. Par contre, le style croissance/rendement est plus difficile à définir. Foort Hamelink a résolu ce problème en utilisant une définition qui se base sur un ensemble de variables telles que: un taux de croissance des revenus par bénéfice, un taux de croissance des ventes par action ainsi que le taux de croissance interne sur cinq ans pour des valeurs de croissance et la valeur comptable, le cash-flow, les ventes et le rendement de dividende en fonction du prix pour des valeurs de rendement. «Sans oublier qu'une valeur est souvent composée des deux, par exemple de 70% de croissance et de 30% de rendement», précise l'analyste.

Ces points élucidés, il est alors possible de décomposer les différents facteurs affectant un titre et de déterminer leurs pondérations. Par exemple, la performance d'une action Novartis est affectée par les mouvements globaux des marchés actions, des mouvements liés au secteur touchant toutes les valeurs pharmaceutiques, d'autres ayant trait au pays, la Suisse en l'occurrence, liés au style affectant toutes les actions croissance, à la taille touchant toutes les valeurs de capitalisation boursière comparable et ceux liés à la valeur intrinsèque du titre. Cette approche permet donc aux investisseurs de découvrir quels sont les «facteurs purs» qui ont le plus d'impact sur chaque action. «Lors de la sélection de titres individuels, les gérants doivent prendre en compte ces facteurs de risque afin de limiter le risque du portefeuille par rapport à son indice de référence (benchmark)», explique Foort Hamelink. Enfin, les résultats de l'étude montrent que le «stock-picking», c'est-à-dire la sélection individuelle des titres, reste toujours la plus importante lorsqu'on décompose les facteurs générant les rendements. Par contre, le facteur «pays» s'est fortement rétréci en faveur de la composante sectorielle (voir graphique).