La tâche de redressement qui incombe à Mario Corti, le nouveau patron de SAirGroup nommé jeudi, apparaît de plus en plus délicate et son champ d'action miné. Si elles se confirment, les accusations portées contre le groupe aérien par Fernand Danan, un commandant de bord de la compagnie aérienne française AOM, feraient apparaître sous un jour encore plus décevant les ressorts de la stratégie mise en place par Philippe Bruggisser autour des activités complémentaires aux transports aériens de SAirGroup. Des activités «complémentaires» – plus ou moins liées aux activités aériennes – et destinées à compenser l'évolution d'un trafic aérien soumis aux aléas cycliques de la conjoncture. En soi une stratégie tout à fait défendable! Mais Fernand Danan dénonce le système de surfacturation mis en place «en faveur de la maison mère et au détriment des filiales, notamment AOM et Sabena. SAirGroup fait payer au prix fort les services qu'il rend à ses sociétés filles», fustige Fernand Danan dans une interview accordée à l'édition dominicale de notre confrère Le Matin. Il dénonce aussi un manque d'informations qu'il qualifie de «trompeur et frauduleux» et qui léserait les intérêts des actionnaires. En conséquence: Fernand Danan a décidé de porter plainte pénale contre les dirigeants de SAirGroup. A cet effet, il a mandaté l'avocat genevois Me Jacques Barillon en le chargeant de coordonner les actions judiciaires en Suisse, en France et en Belgique. Représentant du personnel au conseil d'administration d'AOM, il entend aussi recourir auprès des Bourses de Zurich et de Paris, demandant la suspension de la cotation du titre.

Le commandant de bord s'en prend au fait que les conditions d'achat d'AOM ne faisaient pas état d'une demande de «garantie de passif» alors qu'AOM croulait sous les dettes. A moins qu'il y ait eu une garantie cachée qui pourrait être l'énorme commande – confirmée quelques jours après le rachat d'AOM – de 38 Airbus par Flightlease, une filiale de SAir. Fernand Danan «imagine» pour cette occasion une commission ou une remise qui pourrait se situer entre 450 et 500 millions de dollars.

Au chapitre des «surfacturations», il indique que la facture informatique est passée en une année chez AOM d'environ 50 millions à 120 millions de francs français, mettant en cause Atraxis, la filiale informatique de SAirGroup. Autre cas supposé de surfacturation: Flightlease aurait loué deux Airbus 340-330 pour plus d'un million de dollars par mois alors que le coût moyen sur le marché international se situe entre 800 000 et 850 000 dollars. Moyennant un contrat signé de dix ans, sans possibilité d'annulation. «Mais que voulez-vous, Flightlease a fait une commande gigantesque de 38 Airbus et elle doit les placer», explique Fernand Danan.

D'ailleurs les commandes d'Airbus 340 devraient se révéler surdimensionnées. Car une cession par Swissair de ses participations étrangères, liée à une intégration de la compagnie helvétique au sein d'une grande alliance, devrait se traduire par l'abandon de 7 à 12 destinations long-courriers – sur les 31 proposées actuellement. Et la suppression de 1400 à 2300 emplois, d'après les estimations établies par la SonntagsZeitung de dimanche avec le concours d'experts. Enfin, autre révélation dominicale, le parachute doré convenu avec Eric Honegger après sa démission du conseil d'administration de SAirGroup s'élèverait à 5 millions de francs, selon le SonntagsBlick de dimanche, qui se réfère à un consultant anonyme.