Télécoms

La stratégie de Salt est-elle suicidaire? L'opérateur réplique

L’opérateur de téléphonie mobile basé à Renens (VD) augmente sa dette, réduit davantage ses effectifs et n’est toujours pas entré sur le réseau fixe. Bras droit de son propriétaire Xavier Niel, Olivier Rosenfeld affirme que Salt est en excellente santé financière

Salt mène-t-il une stratégie suicidaire? Son propriétaire, le Français Xavier Niel, est-il en train de couler l’opérateur de téléphonie mobile? Cette semaine, l’entreprise basée à Renens (VD) présentait ses résultats trimestriels à ses créanciers. Et dans un long article, la NZZ insistait jeudi sur le très haut niveau d’endettement de Salt, susceptible de menacer ses opérations futures. Il n’en est rien, affirme Olivier Rosenfeld, administrateur de Salt et bras droit de Xavier Niel. Point par point, il a accepté, pour Le Temps, de justifier la stratégie de l’opérateur, racheté en avril 2015 pour 2,8 milliards de francs par Xavier Niel.

L’endettement

Salt, via sa holding Matterhorn Telecom Holdings, basée au Luxembourg, est endetté à hauteur de 2,3 milliards de francs. Au printemps, la société a émis une nouvelle obligation de 400 millions de francs. Du coup, son ratio d’endettement (dette sur bénéfice d’exploitation) est passé de 3,9 à 4,5 entre fin 2016 et aujourd’hui. Pour Sunrise, le ratio actuel est de 1,9. En parallèle, l’equity ratio (pourcentage des capitaux propres par rapport à la somme du bilan) de Salt s’est effondré de 23,9% à 11% depuis le début de l’année, alors que Sunrise affiche un chiffre de 39,6%. Question: Salt est-il en train de se surendetter? «Absolument pas, nos ratios sont dans la moyenne du marché, affirme Olivier Rosenfeld. Nos obligations se traitent au-dessus de 100%, ce qui est un signe de confiance de la part des investisseurs. De plus, Salt va générer un cash-flow de 200 à 300 millions de francs d’année en année. Il n’y a aucun problème, d’autant que nous payons en moyenne un intérêt de 3%.»

L’opérateur a réalisé un bénéfice net de 52 millions de francs sur les neuf premiers mois de 2017, contre 71 millions l’an passé pour la même période. Son chiffre d’affaires, de 771 millions, a quant à lui reculé, de 8%.

La stratégie de Xavier Niel

L’homme d’affaires détient Salt via sa filiale NJJ Capital. En 2015, lors du rachat de Salt, il s’est versé 150 millions de francs de dividendes émanant de l’opérateur. Cette année, 500 millions supplémentaires ont été transférés de Salt à Xavier Niel, là aussi sous forme de dividendes. L’homme d’affaires n’est-il pas en train de siphonner Salt? «C’est absurde. Si Xavier Niel avait soif d’argent, jamais il n’aurait décidé de lancer bientôt Salt sur le marché du fixe. Et je précise que le versement des 150 millions correspond à la fin du taux plancher décidée par la BNS, qui avait renchéri d’autant le rachat de Salt.» Mais pourquoi ce nouveau versement de 500 millions? «Cette opération est normale et n’assèche en aucun cas Salt», affirme Olivier Rosenfeld.

Les investissements

Le marché pressentait que Salt entrerait, via des partenariats, sur le réseau fixe à l’été 2017. Il n’en a rien été. Et l’opérateur a récemment fait savoir que toutes les conditions n’étaient pas encore réunies pour enchérir pour les licences 5G – Swisscom veut de son côté aller plus vite. Salt a-t-il des difficultés financières pour investir? «Non, pas du tout, avance le bras droit de Xavier Niel. Notre trésorerie est d’environ 150 millions de francs, ce qui nous permet de faire face à toutes nos obligations.» Et concernant le fixe? «Nous n’avons jamais avancé la moindre date, mais nous le ferons, c’est certain. Cela fait trois ans que nous nous préparons à entrer sur ce marché, cela prend du temps et c’était une décision courageuse.»

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Concernant la 5G, Olivier Rosenfeld affirme n’avoir jamais demandé un report de la vente des fréquences, qui pourrait intervenir début 2018. «Nous demandons simplement des règles claires et justes. Il faut d’abord que la Confédération abaisse les limites concernant le rayonnement non ionisant. Il faut aussi que des enchères, si ce système devait être retenu, soient équitables pour Sunrise et nous. Car en face, Swisscom a des moyens quasiment illimités.» Pour mémoire, pour les licences 4G, Salt (qui s’appelait encore Orange) avait déboursé, en 2012, 155 millions de francs, Sunrise 482 millions et Swisscom 360 millions. La 5G devrait être introduite en 2020.

Olivier Rosenfeld affirme par ailleurs qu’une vente des antennes – une opération que vient de faire Sunrise – est exclue pour Salt.

Les clients

Salt a gagné 8000 abonnés au troisième trimestre, pour en totaliser plus de 1,2 million. A titre de comparaison, la progression a été de 27 000 unités pour Sunrise et de 30 000 pour Swisscom. «Lorsque nous avions racheté Salt, l’opérateur perdait des clients, rappelle Olivier Rosenfeld. La situation est donc clairement inversée, avec en plus un taux de départ qui a été divisé par deux depuis 2015. Certes, nos concurrents progressent davantage, mais ils ne boxent pas dans la même catégorie: ils ont l’avantage de proposer des offres combinées avec le fixe (télévision, téléphonie, Internet, ndlr), ce que nous espérons offrir bientôt.»

Les employés

Salt comptait, à la fin du troisième trimestre, 688 emplois à plein-temps en Suisse. Fin 2014, le chiffre était de 893 unités. Vingt postes ont été supprimés ces trois derniers mois, 58 depuis le début de l’année. Jusqu’où l’opérateur poursuivra-t-il sa restructuration? «Il n’y a aucun plan en cours, assure Olivier Rosenfeld. Il s’agit surtout de mouvements naturels. Nous avons de la peine à trouver du personnel qualifié en Suisse, notamment pour du code informatique et de la gestion de réseau.»

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