Stratégie «Value»: l’important, c’est la substance

Plutôt défensif, le style d’investissement parmi les plus emblématiques de l’analyse fondamentale impose un horizon de placement à long terme

Responsable ETFs Suisse, Commerzbank

Warren Buffett est devenu, avec sa société de participation Berkshire Hathaway, une légende de son vivant. «Un placement dans une entreprise dont on ne sait pas assez de choses peut être encore plus dangereux qu’une diversification insuffisante», a toujours affirmé le milliardaire américain. W. Buffett n’achète que des actions d’entreprises qui sont fondamentalement abordables, dont il comprend le modèle commercial et qui disposent d’une capacité bénéficiaire élevée. «Achète un dollar, mais ne le paye que 50 cents», renchérit l’investisseur à succès. Ce pilier central du value investing , également appelé «marge de sécurité», signifie faire l’acquisition d’un titre avec une décote la plus importante possible sur sa valeur intrinsèque. Les investisseurs se protègent ainsi contre les baisses. Car lorsqu’on achète à bas coût, on perd moins lors des phases de marché difficiles.

Des études historiques apportent la preuve que l’approche «Value» conduit au succès à long terme, du point de vue du rendement aussi bien que du risque. Ce n’est pas la promesse de plus-values dans un avenir éloigné qui est déterminante lors de la sélection, mais la santé actuelle de l’entreprise qui est passée au crible. L’un des indices décisifs est la valeur comptable. Celle-ci correspond à peu près aux capitaux propres d’une entreprise, de sorte que ce chiffre est relativement proche de la vraie valeur de la société. L’avantage: contrairement au bénéfice, la valeur comptable n’est que difficilement manipulable. Ainsi, quiconque est à la recherche d’actions abordables ne peut ignorer le ratio cours/valeur comptable (C/VC). Ce dernier précise comment les capitaux propres de l’entreprise sont cotés en bourse. Les entreprises affichant un C/VC inférieur à 1,0 et générant encore des bénéfices sont particulièrement intéressantes. En effet, dans ce cas, la valeur substantielle de l’entreprise, c’est-à-dire le total de l’actif moins le passif, est supérieure à la valeur boursière. D’un point de vue strictement théorique, en cas de dissolution de la société, il y aurait davantage de liquidités en caisse que ce que reflète la valeur de l’entreprise en bourse.

Mais le fait d’être abordable ne suffit pas. Il faut aussi que le placement produise une rémunération convenable. C’est là que le rendement en dividende entre en jeu. Le dividende désigne la distribution annuelle de bénéfices des entreprises à ceux qui en détiennent des parts. Cette participation aux résultats indique le rendement du capital mis en œuvre. Une continuité élevée et assurée est un critère important. Le rendement en dividende vient en outre, la plupart du temps, soutenir le cours de l’action. Les entreprises qui affichent régulièrement une croissance des dividendes, même dans des conditions difficiles, sont considérées comme particulièrement attractives.

Le principe de la stratégie «Value» se résume en une phrase: ce que l’on recherche, ce sont des sociétés ayant une activité stable, des bénéfices fiables, des distributions de dividendes élevées et un cours qui, au regard de ces données, est abordable. C’est en vertu de ce concept central qu’agit l’investisseur «Value» Warren Buffett depuis des décennies. Il est d’ailleurs devenu de ce fait l’un des individus les plus riches au monde. Coca-Cola est tombé très tôt dans son schéma offensif. En 1988, l’«oracle d’Omaha» a investi 1 million de dollars dans des actions du groupe de boissons gazeuses non alcoolisées. Aujourd’hui, la société holding de Buffett, Berkshire Hathaway, avec une part de 9,1%, est le plus grand actionnaire de la multinationale d’Atlanta. Cette position se chiffre à un total d’environ 16,5 milliards de dollars. Le groupe de boissons américain fait aujourd’hui encore partie de la famille des titres «Value». Par exemple, Coca-Cola, qui, avec une valeur de marque de 80,7 milliards de dollars, occupe le 6e rang mondial du classement des labels, a versé un dividende sans interruption ces 52 dernières années.

Pour ceux qui s’intéressent aux actions «Value» locale, notamment celles présentes en Europe, le promoteur d’indice Stoxx a par exemple compilé une sélection au sein de l’indice Europe Strong Value 20. Avec une part d’un quart, la Suisse est le pays occupant la deuxième place dans ce baromètre. On trouve entre autres dans la sélection les deux titres d’assurance Bâloise et Zurich Insurance. La première vient de convaincre par ses chiffres semestriels. Le bénéfice a bondi de 43% pour atteindre 350 millions de francs, le rapport coûts/sinistres – «combined ratio», dans le jargon – est passé en une année de 93,2 à 94,5%.

Même en dehors des frontières de la Suisse, on trouve, sur le Vieux Continent, des valeurs substantielles. Les deux indices stratégiques Europe Strong Value 20 et MSCI Europe donnent une bonne vue d’ensemble.

Tout acte prophétique est impossible sur le marché des capitaux. Car personne ne peut prévoir l’avenir. Cependant, le succès en bourse n’est pas dû au hasard. Il est le résultat d’un effort artistique. C’est pourquoi il faut une stratégie adaptée pour éviter les pertes, respectivement obtenir des bénéfices. Les investisseurs peuvent sélectionner, parmi une multitude de styles d’investissement, celui qui leur convient le mieux, nous venons de vous présenter l’un des plus connus. Connu notamment en raison de son utilisateur.

«Achète un dollar, mais ne le paye que 50 cents», a toujours conseillé l’investisseur milliardaire Warren Buffett