Divertissement

Le streaming est-il l’avenir du sport professionnel?

Amazon va ajouter le football américain à son offre à partir de la rentrée. Le sport représente un produit d’appel quasiment sans équivalent pour le monde de la tech

Pas moins de 50 millions de dollars pour la diffusion de dix matches de la prochaine saison de football américain, c’est un montant presque insignifiant à l’échelle d’Amazon et de la National Football League (NFL). La capitalisation boursière de la société de Jeff Bezos s’élève à 430 milliards de dollars. La NFL génère de son côté des revenus annuels estimés à 13 milliards. Ce contrat pourrait pourtant bien annoncer un bouleversement majeur dans le lucratif marché des droits sportifs et plus globalement dans l’économie du divertissement.

Amazon diffusera les rencontres sur son service Prime qui compte environ 66 millions d’abonnés dans le monde. Le site pourra vendre deux minutes de publicité par heure. Pour le reste, il devra faire avec les annonceurs des chaînes NBC et CBS, qui s’acquittent elles de 450 millions de dollars annuels pour les droits télévisés. De toute façon, Amazon prévoit d’utiliser une partie de ces deux minutes pour faire sa propre promotion, notamment celle de ses séries originales également disponibles sur Prime.

Le contrat est une bonne affaire pour la NFL qui récupère cinq fois plus que ce que lui versait Twitter l’an dernier pour diffuser gratuitement en live streaming les matchs du «Thursday Night Football» de la saison 2016. Le réseau social comptait sur le sport le plus populaire du pays pour faire grimper son nombre d’utilisateurs. La stratégie n’a pas payé. Alors que peut espérer Amazon qui aurait besoin d’attirer 500 000 nouveaux abonnés pour rentrer dans ses frais (Prime coûte 99 dollars par an)?

Fusionner média et commerce sur la même plateforme

«Amazon est connu pour entrer sur de nouveaux marchés sans chercher à faire immédiatement un profit», répond Adam Grossman, coauteur de The Sports Strategist et fondateur de Block Six Analytics. «Leur stratégie consiste à attirer des visiteurs sur le site. Nouveaux abonnés ou clients existants, les matches sont une façon de leur faire passer plus de temps sur Amazon, ce qui augmente la probabilité d’achats», analyse Grossman.

«Le retour sur investissement ne sera peut-être pas immédiat, confirme Courtney Brunious, expert de l’économie du sport à l’université de Californie du sud. Mais cela dynamisera leur écosystème. Cela leur permettra aussi d’engranger plus d’informations sur leurs consommateurs pour «hypercibler» leurs publicités.»

Le contrat entre Amazon et la NFL est l’opportunité de faire entrer la publicité télévisuelle dans l’ère numérique annonce le Wall Street Journal. A l’avenir, pourquoi ne pas imaginer que la technologie permette d’acheter un maillot simplement en cliquant sur l’un des joueurs à l’écran? «Amazon donne la possibilité de fusionner média et commerce sur la même plateforme», remarque Grossman.

Une menace pour les diffuseurs traditionnels

La multinationale de Seattle n’est pas le seul nom de la tech à s’intéresser au sport. Facebook et Twitter ont signé des accords avec la NBA. Google développe un projet de réalité virtuelle avec la NFL. «Dans un univers du divertissement toujours plus segmenté, le sport a démontré qu’il pouvait continuer à attirer le public en masse», explique Daniel Durbin, professeur de communication à USC (University of Southern California). «Quand un produit offre du contenu toute l’année, sans que vous ayez besoin d’engager des scénaristes ou des comédiens et qu’il fait plus d’audience qu’une série télé, l’attrait s’explique aisément», poursuit-il.

Les diffuseurs traditionnels, les network tels que CBS ou les chaînes câblées comme ESPN, commencent à trembler. Implantés dans le monde entier, suivis par un public jeune courtisé par les annonceurs, à même d’offrir des publicités ciblées et ayant des moyens financiers importants, les géants de la Silicon Valley ont tout pour séduire les ligues sportives et le public.

«Les diffuseurs ne peuvent pas faire grand-chose pour empêcher les «millenials» de streamer sur leur Iphone ou leur tablette», constate Durbin. «L’avenir ne sera pas un long fleuve tranquille pour le câble et le satellite qui ont connu leur heure de gloire dans les années 90. S’ils ne trouvent pas un moyen d’exister sur ces appareils, ils sont menacés de baisses d’audiences et potentiellement d’extinction», prévient le professeur.

«Il faudra que l’expérience pour le consommateur soit aussi qualitative que celle disponible sur le câble et le satellite avant que cette menace ne se matérialise totalement, relativise son collègue, Courtney Brunious. La bande passante et le buffering (ndlr: la mise en mémoire tampon) restent des préoccupations. Si les consommateurs sont avides de streaming, ils veulent aussi voir les matches en haute définition».

Publicité