Industrie musicale

Le streaming n’apporte rien financièrement aux artistes suisses

La crise de l’industrie musicale semble être surmontée, grâce à la diffusion en continu (streaming). Tous les musiciens ne profitent toutefois pas de cette nouvelle manne financière et encore moins les Suisses

La numérisation avance rapidement. Les téléchargements ont tout d’abord remplacé les CDs. Maintenant, le streaming se substitue aux téléchargements et cela avec l’aide du téléphone portable qui permet d’être en ligne 24h/24.

Aux Etats-Unis, pays pionnier en matière de tendances musicales, la consommation de musique en streaming a augmenté, en 2015, de plus de 90% par rapport à 2014. Et les revenus de la diffusion en continu ont presque doublé.

La Suisse aussi suit cette tendance. Entre 2012 et 2015, le streaming est passé de seulement 1% à près de 20% du marché musical total. Mais si les revenus de cette activité sont en hausse, la plupart des musiciens n’en bénéficient pas.

Plus de musique, moins d’argent

Le modèle de paiement, différent de celui des CDs et des téléchargements, en est la cause. Les abonnés au streaming ne paient, en effet, pas pour une chanson écoutée, mais s’acquittent d’une redevance fixe par mois. Plus les clients consomment de la musique, moins les interprètes gagnent d’argent par titre passé.

Auprès du plus grand fournisseur de diffusion en continu au monde Spotify, le versement de dividendes à l’industrie musicale s’élève à environ 70% du total des recettes, soit les revenus provenant des abonnements et de la publicité. Chez son concurrent, Apple Music, la situation est semblable.

Depuis sa création en 2008, Spotify a reversé 5 milliards de dollars au secteur de la musique. Au cours de cette même période, le nombre d’utilisateurs actifs de ce service a grimpé à 100 millions. Et ils sont 40% à avoir opté pour un abonnement premium payant. Apple Music compte, lui, environ 20% de clients avec un forfait payant.

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Les artistes sont rémunérés proportionnellement au nombre d’écoutes mensuelles par pays. Autrement dit, quand un artiste représente un pour cent du volume mensuel de streaming, il reçoit un pourcent du total des distributions mensuelles pour le pays, explique Spotify.

Les Stones en profitent

Seules les superstars se partagent la part du lion de ce revenu. Parmi elles, figurent des artistes comme Adele et Taylor Swift mais aussi des plus anciens comme les Beatles, les Rolling Stones et Michael Jackson.

En outre, les fournisseurs de streaming proposent régulièrement des listes de musique, qui répondent à une forte demande. Mais ces dernières sont très internationales, critique Lorenz Haas, en charge de l’association des labels de musique en Suisse (IFPI).

Et les artistes helvétiques sont peu présents sur ces listes. Le marché intérieur est en effet trop petit pour ces grands services de diffusion en continu pour tenir compte des interprètes suisses.

Spotify affirme traiter avec 50 conseillers musicaux à travers le monde et proposer 4500 listes de musique régulières. Ces spécialistes sont des connaisseurs de différents styles de musique ainsi que des régions et des pays. Il n’existe toutefois pas de conseiller pour la Suisse et l’idée d’en avoir un n’est pas à l’ordre du jour.

Pas même un centime

Pour les artistes moins connus, qui commencent leur activité musicale ou qui sont actifs dans un marché de niche, le streaming est donc peu rentable. Cela est particulièrement vrai pour ceux qui ne sont pas présents dans les grands marchés de la musique comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne.

Par exemple, le groupe bernois, Trummer, a gagné 108 francs de ses près de 17 000 diffusions en direct (stream), ce qui représente environ 0,0064 franc par diffusion. Pour obtenir le même montant, 120 téléchargements suffisent.

En outre, les interprètes au bénéfice d’un contrat doivent remettre une part de ce revenu à leur maison de disques. Au final, l’argent perçu dépend d’une part de l’accord conclu entre la maison de disques et le service de streaming ainsi que de celui réalisé entre la maison de disques et l’artiste.

La plupart des artistes reçoivent une part fixe des recettes totales issues des ventes de CDs, des téléchargements et du streaming. Cette part dépend des tâches et du risque encouru par les maisons de disques. La plupart du temps, le montant est cependant inférieur à 50%.


Une nouvelle menace pèse sur le streaming

Alors que l’industrie musicale a découvert un nouveau canal de diffusion, le streaming, qui suscite beaucoup d’espoir de croissance, une nouvelle menace pointe le bout de son nez. Il s’agit du stream ripping, soit la possibilité d’enregistrer un flux audio diffusé par YouTube ou d’autres plates-formes similaires.

Les auditeurs réalisent alors une copie des contenus musicaux, grâce à des sites internet et des applications mobiles. Les fichiers audios sont alors disponibles hors ligne. Et ils peuvent être copiés à l’envi.

Pour le secteur de la musique, cette manière de faire est problématique, car elle entraîne une baisse des recettes publicitaires au niveau du streaming gratuit. Et au final, l’artiste reçoit moins d’argent.

Beaucoup de jeunes ont recours à cette méthode. Selon une étude de l’International Federation of the Phonographic Industry (IFPI) réalisée dans 13 pays, dont la France, l’Allemagne et les Etats-Unis, 49% des jeunes de 16 à 24 ans se livreraient à cette pratique. Tous âges confondus, 30% des 12 610 sondés utiliseraient le stream ripping.

Protection impossible

Selon Lorenz Haas président de l’IFPI Suisse, cette manière de faire est très populaire. Cette tendance est inquiétante, poursuit un porte-parole de Spotify. Le service de streaming ne peut techniquement pas se protéger contre cette pratique.

En outre, selon la recherche de l’IFPI, plus de 30% des consommateurs de musique en ligne téléchargent des chansons sur des sites illégaux. Et l’artiste ne reçoit alors rien.

Il est quasiment impossible d’identifier les personnes qui se livrent à de telles pratiques. Spotify indique toutefois qu’en cas de détection, il fermera le compte de son client fautif.

Pour la fondation SUISA, la coopérative des auteurs et éditeurs de musique, il est impossible légalement de retirer de telles applications de la circulation. Mais selon l’association, cette pratique diminue. D’après une enquête de gfs, 19% des copies musicales ont été effectuées à travers ce moyen en 2015. Alors qu’en 2013, c’était encore 50%.

Ce recul s’explique par l’augmentation des forfaits internet sur les téléphones portables qui font que les utilisateurs n’ont plus besoin de sauvegarder leur musique. En outre, les fournisseurs d’applications font de plus en plus attention aux services qu’ils mettent à disposition car ces derniers ne doivent pas concurrencer leurs propres offres.

En Suisse, seules les copies privées sont légales. Mais souvent les fournisseurs de logiciels de stream ripping copient les fichiers musicaux avant de les transmettre aux consommateurs. Et cela contrevient à la loi.

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