Ce n’est pas de l’euphorie, mais cela y ressemble fort. Les dirigeants des principaux acteurs de l’industrie musicale retrouvent le sourire après des années minées par le piratage. Depuis quelques mois, le streaming, soit l’écoute en continu de chansons sans téléchargement, permet aux studios de connaître à nouveau la croissance. Mardi, une étude publiée par la société spécialisée BuzzAngle Music indiquait que le nombre de titres écoutés en 2016 avait plus que doublé l’an passé. Si la lutte contre les services de partage de chansons de type Napster semble loin, les studios s’attaquent actuellement à un autre géant: YouTube.

Dans le détail, selon les chiffres publiés par la société new yorkaise BuzzAngle Music, les internautes américains ont écouté l’an passé quelque 191 milliards de chansons en streaming, que ce soit via Spotify ou Apple Music. Cette hausse de 124% par rapport à l’année précédente est surtout le fait des abonnements payants. Dans 76% des cas, les internautes ont déboursé une dizaine de francs par mois. En 2015, la proportion était de 62%.

L’exemple de Warner

Grâce à ces chiffres, l’industrie musicale américaine pourrait connaître une deuxième année consécutive de croissance. Le mérite en revient avant tout aux plateformes numériques d’écoute. Lancé en 2015, le service Apple Music revendique plus de 20 millions d’utilisateurs payants. De son côté, le suédois Spotify a passé en septembre le cap des 40 millions d’abonnés, eux aussi payants. Dans l’ombre de ces deux géants, des acteurs tels Tidal, Deezer, SoundCloud et Google Play tentent d’émerger. Amazon, qui muscle actuellement tant ses offres audio et vidéo, porte aussi les espoirs de l’industrie musicale. Récemment, le directeur de Warner Music Group, Stephen Cooper déclarait au «Financial Times» que «maintenant que le streaming est solidement établi comme notre première source de revenus, nous nous concentrons pour qu’il soit adopté par tout le monde».

Crédité d’un tiers du marché musical mondial, Warner annonçait début décembre des revenus annuels de 3,25 milliards de dollars, dont un milliard grâce au streaming. A titre de comparaison, ce milliard représente plus du double des revenus liés au téléchargement et 100 millions de plus que la vente de CD. Spotify verra de son côté, selon Bloomberg, ses ventes croître de 50% en 2016.

YouTube accusé

Mais tout n’est pas rose. D’abord, Spotify est toujours dans les chiffres rouges. Il pourrait devenir profitable en 2017, avait glissé son directeur en septembre dernier. Ensuite, certains artistes, emmenés par la chanteuse américaine Taylor Swift, ne digèrent toujours pas que les sites de streaming les rémunèrent entre 0,006 et 0,0084 dollar par chanson écoutée. Enfin, les majors de l’industrie musicale se battent contre YouTube. La filiale de Google se vantait récemment d’avoir reversé un milliard de dollars aux studios. Mais ces derniers affirment que cette rémunération est beaucoup trop basse. Selon les estimations de l’association représentant l’industrie musicale, YouTube leur a reversé un peu plus d’un dollar par personne et par an, contre environ 18 dollars par utilisateur de la part de Spotify.


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